Le Mag Sport Auto

Formule E : Entretien avec Stéphane Sarrazin, pilote Venturi GP

C’est à l’occasion de la conférence de presse de Venturi, ce mardi 11 avril 2017 au Grimaldi Forum, que nous avons eu la chance de rencontrer Stéphane Sarrazin. Engagé en Formule E, aux côtés de Maro Engel avec l’écurie monégasque Venturi GP, le « touche à tout » du sport automobile tricolore s’est donné avec gentillesse et simplicité au petit jeu du questions / réponses. Une interview riche en informations, à quelques semaines de l’ ePrix de Monaco de Formule E…

Stéphane Sarrazin : rien à envier à Michel Vaillant !

Le Mag Sport Auto : Bonjour Stéphane, pouvez-vous nous dresser un bref portrait de vous et de votre parcours en sport automobile ? (On le rappelle vous êtes un pilote éclectique, champion de France de rallye mais aussi pilote d’endurance chez Toyota Gazoo Racing)

Stéphane Sarrazin : Pour la faire courte, j’ai commencé par le kart puis j’ai gravi tous les échelons jusqu’à la F1. J’ai notamment gagné la Formule Renault et le volant ELF. En F1, je n’ai fait qu’un grand-prix puis je suis resté 5 ans 3ème pilote pour le développement. J’ai fait du rallye en parallèle, j’ai été champion de France et j’ai gagné le Monte-Carlo et le Tour de Corse.  Je suis passé chez Toyota en endurance, voilà 6 ans, ce qui comprend des participations aux 24 heures du Mans. Et cela fait maintenant 3 ans que je suis en Formule E.

LMSA : Vous êtes l’un des premiers pilotes à avoir fait le pari de l’engagement en Formule E. Qu’est-ce qui vous a convaincu dans cette série ? Pourquoi le choix de Venturi ?

S.S : Ce qui m’a convaincu est le nouveau challenge car toutes les courses se disputent sur circuit urbain et dans les plus grandes villes du monde. De plus j’adore ce type de tracé. Le choix de Venturi s’est fait car Gildo Pastor. Le propriétaire de Venturi m’a appelé et a su me convaincre, il était très motivé et le challenge en lui-même était très motivant car l’équipe était toute nouvelle. De plus, nous allions nous battre en piste contre les plus grands constructeurs mondiaux. En saison 2 nous étions régulièrement dans le top 5, j’ai même pu monter sur le podium à Long Beach et me bagarrer jusqu’à la dernière course pour faire des podiums. Nous avons terminé 6ème au classement constructeur.

LMSA : Racontez-nous votre 1ère expérience avec cette monoplace, rappelons-le, 100 % électrique

S.S : Très bien, au début le fait qu’il n’y ait pas de bruit a changé la donne surtout pour les passages de rapports (les pilotes ont l’habitude de les passer à l’oreille). Il a fallu apprendre à gérer, économiser et régénérer l’énergie notamment via le système de freinage. Ce n’est pas un pilotage conventionnel où l’on doit attaquer à 100 % car on doit procéder à pas mal de manipulations sur le volant et la voiture. Maintenant, au Mans, avec les voitures hybrides nous travaillons sur les mêmes paramètres, donc les 2 championnats sont complémentaires.

LMSA : Cette saison, Venturi a apporté des modifications à sa monoplace notamment au niveau de la transmission, pouvez-vous nous en dire plus sur ces nouveautés ?

S.S : Tout à fait, on a eu quelques soucis avec la boite de vitesse car nous la fabriquons nous-même et Venturi étant une équipe jeune c’est le genre de chose qui peut arriver avec beaucoup d’ingénieurs juniors, qui sont en train d’apprendre. La nouvelle boite apporte de la performance et les progrès se sont fait sentir même si le résultat à Mexico n’a pas permis de le démontrer, malgré le 2ème meilleur tour en course. On peut dire que la course de Monaco sera d’un autre niveau pour nous grâce à cette amélioration et nous serons performants à domicile.

LMSA : Que pensez-vous du tracé de Monaco, circuit qui a été conçu spécialement pour la FE et empruntant la partie basse de celui de F1 ?

S.S : J’avais roulé ici il y a 2 ans et j’adore le tracé, il fait partie selon moi des plus beaux de la saison avec celui de Paris. C’est toujours une fierté de pouvoir rouler à domicile pour l’équipe, même s’il y a beaucoup d’attente mais aussi une grande motivation de la part de tous les membres de l’équipe. Si le premier virage est complexe (on ne prend pas la montée d’Ostende comme en F1 mais on redescend sur le port) j’avais pu le passer en 4è place et éviter les accrochages. J’essaierai donc de faire la même chose dans 1 mois.

LMSA : Pensez-vous que la victoire soit envisageable en Formule E, cette saison, avec Venturi ?

S.S : Difficile mais oui c’est réalisable, tout peut arriver avec une bonne stratégie, donc on peut gagner une course.

LMSA : Pour finir sur la Formule E, à quel niveau ce championnat pourrait, encore, être amélioré, selon vous ?

S.S : Notamment la performance générale de la voiture. Chaque année on voit que le niveau augmente via l’arrivée de plusieurs constructeurs automobiles et, bientôt, une seule voiture en course. Pour ce qui est de l’attraction du championnat on voit qu’il y a de plus en plus de courses intéressantes, un nombre de médias en croissance et de spectateurs aussi. En 3 ans la FE est devenue un championnat majeur avec la F1, le WEC, l’Indycar.

LMSA : En marge de votre engagement avec Venturi, vous venez de vous lancer dans une nouvelle aventure. Pouvez-vous nous dire un mot sur le lancement de votre propre équipe ?

S.S : J’ai présenté mon équipe au tour de Corse ce qui a été une bonne entrée en matière. Nous y avons enregistré un très bon résultat et prouvé que nous avons fait du bon boulot. Pour le moment nous n’avons pas vraiment d’objectifs si ce n’est préparer au mieux les voitures pour les clients, tant les gentlemen drivers que des pilotes « junior ». On se concentre pour le moment sur les rallyes avec l’ambition d’être présent sur les rallyes nationaux et internationaux et on verra plus tard si la structure ira en circuit.  Je me suis entouré de très bons ingénieurs et mécaniciens, je débute tranquillement et je pars « petit » tout en espérant que le team grandira dans les années à venir.

LMSA : Quel est la prochaine étape pour vous, en tant que pilote ? De quoi peut encore rêver un pilote ayant couru dans tant de disciplines, F1 et WRC comprises ?

S.S : Bonne question, la prochaine étape risque d’être longue entre les courses de FE, le WEC, notamment pour préparer les 24 heures du Mans avec Toyota. A vrai dire je n’y ai pas encore réfléchi car j’ai pas mal de programmes courses en cours mais j’ai le temps pour réfléchir à  ça plus tard.

LMSA : Merci de votre confiance, et de permettre au Mag Sport Auto et à ses lecteurs de partager un moment avec l’un des grands noms du sport automobile français.

S.S : Merci à vous, c’était un plaisir.

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