Le Mag Sport Auto

Lara Vanneste, entretien exclusif

Nous avons eu la chance de pouvoir nous entretenir avec Lara Vanneste. Cette jeune copilote a su faire chavirer le coeur de nombreux fans de rallye à travers l’Europe, mais elle a surtout su briller par son talent aux côtés de jeunes pilotes tels que Kévin Abbring ou Christian Riedemann mais aussi avec de grands pilotes tels que Freddy Loix, Pieter Tsjoen ou encore Bryan Bouffier. Lara Vanneste a accepté de revenir, longuement, sur sa jeune carrière déjà très pleine :

Le Mag Sport Auto : Bonjour Lara, pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ? Comment vous est venue la passion du rallye et l’envie de copiloter ?
Lara Vanneste : Bonjour, alors ma passion pour le sport auto est venue à l’âge de 5 ans quand je suis allée voir un rallye avec mon père. J’ai tout de suite été très impressionnée, car à l’époque c’était un sport hyper populaire en Belgique, très médiatisé, parce qu’à ce moment il y avait encore les grandes compagnies de tabac comme sponsors. C’était un autre univers, à Ypres il pouvait y avoir 100,000 spectateurs. Je me souviens des premières images que j’ai en tête : il y avait encore des spéciales de nuit et il y avait une foule de spectateurs qui s’ouvrait au dernier moment pour laisser passer la voiture. C’était très dangereux et même étonnant qu’il n’y avait pas plus d’accidents graves. L’atmosphère, les grandes teams avec leurs camions, leurs chapiteaux, l’odeur, les bruits de moteurs, c’était incroyable ! J’étais toujours la fille qui allait chercher des autographes, des autocollants… Et puis j’étais fan d’un pilote en particulier, Bernard Munster. Il était pilote officiel Renault à l’époque, il roulait avec la Renault Clio Maxi – c’était la plus jolie voiture pour moi – qui était aux couleurs de Belga. Un grand pilote de près de deux mètres dans une toute petite voiture que je trouvais très jolie, et voilà comment tout a commencé. J’étais tellement fan que je pouvais pleurer si Bernard Munster abandonnait ou sortait. Et puis, avec des voisins et leurs fils, on allait voir un tas de rallyes en Belgique ou le Rallye d’Allemagne, qui fut mon premier WRC, quand j’avais 11 ans ! Et puis à 14 ans, j’ai eu l’opportunité de rencontrer Bernard Munster grâce au fait que ma mère travaillait dans l’une des entreprises qui sponsorisaient ce pilote que j’admirais tant. Toute timide que j’étais, j’ai pu faire des photos avec lui, avoir un autographe et même l’impressionner (sic!) car j’aimais tant le rallye que je savais un tas de choses, une vraie encyclopédie du rallye belge ! Et à 15 ans il m’a proposé de venir avec sa team afin de vivre un rallye de l’intérieur. Et j’ai suivi Bernard Munster et sa team, en France au Terre de Vaucluse 2005 si je me souviens bien. C’était une opportunité formidable et en même temps l’occasion d’améliorer mon niveau de français qui n’était pas terrible à l’époque. Et puis, par la suite, je suis devenue la fille qui était au point stop afin de donner les temps, et de calculer les différences de chronos entre les pilotes… et oui, il n’y avait pas de smartphones à l’époque. J’ai fait ça pendant 2 ans, et j’ai pu faire énormément de rencontres grâce à ces nombreux rallyes.

Coup de foudre sur la "joli" Clio de Bernard Munster

Coup de foudre sur la « joli » Clio de Bernard Munster

Les débuts de Lara Vanneste comme copilote :

En 2006, j’ai rencontré Mélissa Debackere mais ce n’est qu’un an plus tard que nous sommes devenues amies lorsque nous nous sommes rendues compte que nous étions presque voisine. Et c’est avec elle que j’ai appris à lire et faire des notes, avec elle que j’ai fait mes premières recos de rallye. Grâce à elle j’ai pu « étudier » pendant un an le métier de copilote avant de faire mon premier rallye. Ce qui est génial car quand tu n’y connais rien lors de ton premier rallye c’est plus stressant et tu est un peu perdu. Et pour mes 18 ans, elle m’a offert comme cadeau de faire un rallye avec elle : le Rallye Sprint de Marchin sur la Toyota Corolla WRC. Puis on a continué ensemble. J’ai été vice-championne de Belgique avec Mélissa, puis en 2010 j’ai commencé à rouler avec Vincent Verschueren. Nous étions rapides en Groupe N mais l’auto n’était pas fiable, puis j’ai roulé avec Dominique Bruyneel que j’avais connu à 15 ans chez BMA. J’ai commencé à rouler en Championnat d’Europe avec lui. Et puis un « petit jeune néerlandais » (Kevin Abbring, ndlr) m’a contacté pour qu’on roule ensemble, au début je ne voulais pas puis j’ai fini par accepter. Pour notre premier rallye on a terminé premiers du groupe N avec 3 minutes d’avance sur le second. Et là il m’a dit « c’est le plus beau rallye de ma vie », mais j’ai éclaté de rire. Il m’a dit qu’il avait beaucoup apprécié notre collaboration et qu’il voulait rouler avec moi pour la saison 2011. Ce qu’on a fait, chez Automeca (la team de Philippe Bugalski) sur une Citroën DS3 R3. On a remporté la catégorie 2 roues motrices en Championnat de France Terre ainsi que le Volant Citroën. Et on a été contacté par Volkswagen, on a fait le Wales Rally GB sur la Skoda Fabia S2000. C’était mon premier WRC et on a remporté la catégorie S2000. La même année j’ai commencé à copiloter Fast Freddy, Freddy Loix, qui faisait beaucoup de tests avec la Fabia S2000. L’occasion de beaucoup apprendre en tant que copilote. C’est grâce à Freddy que j’ai pu faire le Rallye d’Ypres en 2011 aux côtés de Pieter Tsjoen sur une Peugeot 207S2000 de Kronos. Ça s’est super bien passé, on était 3e avant d’abandonner suite à un souci mécanique. 2011 a été la saison déterminante dans ma carrière. Fin 2011, Citroën a proposé à Kevin (Abbring, ndlr) et moi de faire le SWRC sur une Peugeot 207 S2000. Dans le même temps Volkswagen nous a proposé 6 rallyes sur une Fabia S2000 à partager avec Andreas Mikkelsen + les recos des autres rallyes. Kevin a choisi cette deuxième option. On a fait le Monte-Carlo en 2012. C’était vraiment impressionnant. J’étais la fille la plus jeune dans une team en WRC et dans une team officielle en plus, toutes ces personnes autour de moi, on avait Sébastien Ogier comme coéquipier. Sous pression de certaines personnes qui voyaient d’un mauvais œil l’arrivée d’une jeune femme en WRC, Kevin voulant faire au mieux pour obtenir le volant officiel face à Mikkelsen, a changé de copilote. Ce fut difficile pour moi, je me sentais lamentable. Kevin et moi avions gagné chaque rallye que nous avions disputé, on avait jamais cassé quelque chose… ne serait-ce qu’un pare-choc, les résultats parlaient pour nous. C’était difficile par rapport à tous les sacrifices que j’avais fait pour arriver à être copilote officielle et du jour au lendemain je me suis retrouvée sans baquet. Une situation qui n’a pas duré longtemps puisque la semaine d’après Freddy Loix m’a contacté pour que je fasse la saison 2012 avec lui. Par la suite Christian Riedemann, que j’avais rencontré chez Volkswagen, m’a aussi contacté pour que je roule avec lui. La saison 2012 fut très chargée. Puis en 2013 j’ai continué avec Christian Riedemann en JWRC, j’ai copiloté Bouffier à Ypres (où on a terminé 2e) et je suis devenue la copilote de Craig Breen en ERC pour la seconde moitié de la saison. J’avais de très grandes attentes et beaucoup d’espérances de cette collaboration avec Breen qui n’a pas été à la hauteur de ce que j’attendais. On fini d’ailleurs 3e du championnat ERC. En 2014 j’ai continué en JWRC avec Christian mais j’ai moins roulé cette saison-là. Je terminais mes études, j’ai travaillé pour la tv et la radio, et j’ai pris la décision de chercher un emploi, de trouver un peu de stabilité. Le rallye c’est ma passion, ça procure beaucoup d’émotions mais il y a aussi beaucoup de hauts et de bas. Les déceptions sont très dures mais elles ont su me rendre plus forte. A la fin j’ai quand même su obtenir mon diplôme et si je veux bâtir quelque chose il me fallait quelque chose de plus stable, de plus rémunérateur. Tout en ayant une vie vraiment privée à côté et un « travail normal ». Sans oublier le rallye, cette saison j’ai pu rouler avec Stéphane Consani en France ; un jeune pilote talentueux mais un peu fougueux ; et puis au Liban avec Roger Feghali où on a remporté un rallye. Voilà mon histoire jusqu’à maintenant, et j’espère qu’il y aura encore plein de belles histoires à l’avenir. Je ne regrette rien, je suis fière de ce que j’ai fait et en même temps je reste très réaliste.

Au sommet, en 2011 avec K.Abbring

Au sommet, en 2011 avec K.Abbring

Le Mag Sport Auto : Aimeriez-vous changer de côté et piloter un jour ?
Lara Vanneste : Non ! Ce sont deux métiers complètement différents. J’aime bien avoir une voiture très puissante pour moi dans la vie de tous les jours. J’essaye souvent de nombreuses voitures mais j’ai vite un très grand nombre de reproches à leur faire, sur la direction, la tenue de route, la boîte de vitesse… Désolée, je sais que c’est un magazine français, mais je déteste les voitures françaises (rires) … de série ! Je préfère les allemandes. J’aime avoir des voitures puissantes, mais piloter en rallye… non, vous pouvez oublier. Je sais que je n’ai pas le talent, à chacun son talent, moi c’est dans le baquet de droite et non celui de gauche.

Quels conseils pourriez vous donner à une jeune fille qui souhaiterait copiloter à haut niveau, comme vous ?
Lara Vanneste : Restez très très professionnel. C’est le meilleur conseil que l’on puisse donner. Il y a des gens qui pensent que c’est un avantage d’être une fille dans le sport auto. Pourquoi ? Pour tes beaux yeux ? Même le pilote va aimer te regarder. Et comme il y a peu de filles dans le sport auto, tout le monde va vite te connaître. Ce n’est pas un avantage, car ça ne donne pas un baquet. Ou alors les gens te donneront le baquet parce que tu es jolie, mais derrière c’est difficile d’instaurer de la confiance, de montrer que ce baquet tu le mérites pour tes compétences et non parce que tu es jolie. Il n’y a donc pas d’avantage, il faut se battre plus, travailler plus, prouver plus, il faut rester professionnel. Donc le physique n’est pas un avantage, pour moi c’est un désavantage même si les gens retiendront plus facilement ton nom. Pour pouvoir copiloter un pilote d’un certain niveau il faut faire ses preuves. Il ne faut pas se comporter comme une fille « normale ». Par exemple, en déplacement, le pilote voudra porter ta valise. Il faut dire non et dire « je vais la porter. » Montrer que tu n’as pas besoin de faveurs, de plus d’attention qu’un mec. Dès que tu arrives à montrer que tu as le même manuel, le même but, le même professionnalisme qu’eux, alors là ça peut marcher. Et ne pas oublier que la réputation dans le sport auto c’est tout ! garde ta bonne réputation et ne mélange pas vie privée et vie professionnelle ! Si tu perds ta bonne réputation ta carrière est terminée. Et je pense que beaucoup n’ont pas beaucoup compris. J’ai toujours porté beaucoup de maquillage, je suis une fille très soignée, mais ça s’arrête là, ma réputation allait au-delà de ce maquillage.

Le Mag Sport Auto : Quel est votre meilleur souvenir ? Le moins bon ?
Lara Vanneste : Le plus beau souvenir ?! C’était un rêve, le Wales Rally GB en 2011. Après j’ai aussi gagné en WRC-3 avec Christian Riedemann, plus récemment j’ai gagné au Liban où j’ai pu découvrir une autre culture et gagner avec un pilote aussi connu, là bas, que Roger Feghali. C’est toujours très flatteur que ces pilotes pensent à toi, ça prouve que tu fais partie d’un petit comité parmi les meilleurs. Mais mon meilleur souvenir reste le Wales Rally GB en 2011. Mon premier WRC, j’avais 21 ans mon pilote 22ans, on était les plus jeunes et on a avait fait de très belles choses. Et puis j’étais parmi mes idoles et des grands noms du rallye : Loeb, Ogier, Meeke, … On est sur un petit nuage en quelque sorte.
Le moins bon souvenir ? C’est quand Kévin m’a annoncé, par email, qu’il ne roulerait plus avec moi. C’est surtout la manière dont il m’a informé… mais j’ai su relativiser depuis. J’ai aussi su découvrir cette mentalité, le « chacun pour soi » qui peut régner dans ce sport et m’y adapter. Et puis ce qui ne tue pas rend plus fort.

La dernière victoire en date, avec Roger Feghali

La dernière victoire en date, avec Roger Feghali

Le Mag Sport Auto : Dans quelle auto rêveriez-vous de monter ?
Lara Vanneste : La meilleure voiture pour l’instant, la Volkswagen Polo R WRC. De préférence avec Sébastien Ogier. Mais pas pour un petit test, pas pour 5 kilomètres, pas juste pour monter dans l’auto comme Neymar. Mais pour faire quelque chose de sérieux, pourquoi pas faire un rallye WRC avec Sébastien Ogier, même si je pense que sa femme ne sera pas vraiment d’accord 😉

Un grand merci à Lara Vanneste pour le temps qu’elle nous a accordé et pour ses réponses. En lui souhaitant un avenir plein de succès, que ce soit dans sa vie professionnelle/personnelle qu’en rallye !

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