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WRC, Interview de Jourdan Serderidis après l’Australie

Vous aviez pu le découvrir en 2013 dans nos colonnes où nous vous présentions son programme, en WRC-2. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et Jourdan Serderidis est devenu champion du monde. En Australie, il a obtenu son meilleur résultat en WRC, a marqué ses premiers points et a offert le titre de champion du monde WRC Trophy à son copilote, Frederic Miclotte. Le pilote grec répond, une fois de plus, à nos questions :

WRC Trophy, Jourdan Serderidis ET Frédéric Miclotte sont champions du monde !

LeMagSportAuto : Vous terminez onzième, soit votre meilleur résultat en WRC. Quel bilan tirez-vous de ce Rallye d’Australie 2017 ? Au fond, n’êtes-vous pas un peu déçu de ne pas être dans le top 10 ?
Jourdan Serderidis : Au départ j’avais pensé faire un top-15, compte tenu de la concurrence. Car, bien sûr, certains journalistes belges mettent en avant le peu de voitures (33) mais il y avait véritablement une bonne brochette d’excellents pilotes australiens, avec des voitures AP4, assez proches des R5. Et des garçons comme Ritchie Dalton, Brendan Reeves ou Nathan Quinn, sont vraiment des talents. Mon bilan est donc inespéré mais j’ai roulé comme jamais sur la terre, dès le test le lundi. Nous avons effectué notre meilleur travail en reconnaissances, l’osmose avec Fred a été parfaite, donc j’ai roulé en pleine confiance dès la première spéciale. Avec les 2 points WRC, c’est vraiment la cerise sur le gâteau. A part Neuville et Duval, aucun pilote belge n’a pris des points WRC sur les 10 dernières années. Et un seul Grec : Lambros Athanassoulas à l’Acropole en 2009.

LMSA : La pluie est venue perturber cette édition 2017. Comment gère-t-on de telles conditions dans un rallye déjà délicat ?
JS : Il est heureux que la pluie se soit invitée le dimanche, à un moment où on a accumulé des kilomètres et où le rythme était déjà bon. Nous avons géré, comme on l’a fait chaque fois cette saison dans les conditions compliquées.

LMSA : Dans Wedding Bells le second passage était étonnamment bien plus sec que le premier passage. Comment adapte-t-on son pilotage et ses notes avec de tels changements en aussi peu de temps ?
JS : La vitesse à laquelle la terre sèche est absolument phénoménale. On a changé les ressorts pour la Power Stage et on s’est retrouvé avec une voiture à nouveau inadaptée et beaucoup trop souple pour un terrain complètement sec. Mais nous n’avions plus à attaquer dans cette spéciale. Il suffisait de maintenir l’écart avec Kalle Rovanperä.

LMSA : Mission accomplie : Fred Miclotte a décroché le titre de champion du monde des copilotes WRC Trophy. Un beau cadeau pour récompenser votre fidèle copilote. Comment décriveriez -vous Frédéric Miclotte ?
JS : Fred est avant tout un passionné. Il vit 24h/24 et 7j/7 pour le rallye, et c’est un grand professionnel qui vit du rallye (il est à la tête du team J-Motorsport). Sur les 3 dernières années, il a fait de moi ce que je suis devenu aujourd’hui : cela passe par la technique mais aussi par l’attitude. On est des gagnants tous les deux. Dès qu’il y a quelque chose à gagner, nous nous surpassons. Au niveau talent, je pense qu’il est un des meilleurs au monde, avec aussi beaucoup d’expérience.

LMSA : Quel bilan tirez-vous de cette saison exceptionnelle pour vous ?
JS : Le plus gratifiant, c’est la progression, tant sur asphalte que sur terre. Sur la terre, c’est la première fois qu’on a vraiment « roulé ».

LMSA : Avant le départ du Rallye d’Australie vous avez annoncé votre future participation au Rallye d’Allemagne 2018 avec une C3 WRC. Peut-on espérer vous voir sur d’autres rallyes internationaux la saison prochaine ? Avec quelle auto ?
JS : J’ai parlé de cette C3 WRC comme une idée pour un one-shot au Deutschland, qui est le rallye mondial qui convient le mieux à mes qualités et où je peux faire un petit résultat (top 15). Mais cela dépendra de la politique de Citroën Racing par rapport à la location de ces voitures. De toute façon, mon résultat en Australie devrait peut-être les aider à accepter ce one-shot. Sinon, je peux toujours me renseigner auprès de Malcom Wilson… J’aimerais peut-être aussi faire l’Acropole car j’ai beaucoup de supporters en Grèce. Avec ma Skoda R5, ce serait aussi une bonne idée.

LMSA : Citroën a connu une saison délicate et Ogier a annoncé qu’il ne roulerait pas avec eux la saison prochaine. Pensez-vous que cette décision va impacter les chances de bons résultats de l’équipe en 2018 ? Quels pilotez voyez-vous accompagner Kris Meeke l’an prochain ?
JS : Aucune idée. Je pense que la voiture est loin d’être mauvaise et que Citroën peut très bien rectifier le tir l’année prochaine. Mais il faudra aussi être régulier.

LMSA : On parle souvent de l’importance des sponsors en rallye. Avez-vous pu mesurer l’impact des retours de votre participation au WRC pour vos sponsors ?
JS : C’est du marketing et le marketing, c’est de l’image indirecte. Dans tous les cas, j’ai donné le maximum de visibilité cette année aux personnes qui m’ont fait confiance.

Le J-Motorsport, une équipe de passionnés !

LMSA : Les hommes de l’ombre sont partie intégrante des bons résultats en rallye. Pouvez-vous nous présenter votre équipe. Qui est qui et qui fait quoi ?
Jourdan Serderidis : Le team en Australie : Anthony, Rachid et Niels (mécanos J-Motorsport ; Anthony est chef atelier chez J-Motorsport) ; Charly (Chef Mecano – PH Sport), Thomas (Ingénieur – PH Sport) et Eric (Ami, supporter, weather crew et cuisinier). Un mot supplémentaire pour Thomas qui sait obtenir le meilleur de la voiture mais aussi de son pilote : il m’a donné confiance au Monte Carlo et a démontré un enthousiasme fantastique.

Une autre anecdote : en Catalogne, les transformations terre-asphalte ont été faites conjointement par PH Sport et J-Motorsport successivement sur la voiture de Jean-Michel Raoux et puis la nôtre. Alors que nous étions concurrents et qu’il y avait un titre de champion du monde en jeu, je trouve cela formidable. Cela restera un moment important pour moi.

LMSA : Le WRC Trophy ne sera pas reconduit l’an prochain. Pensez-vous que la FIA et WRC Promoter n’ont pas su faire ce qu’il faut pour rendre ce trophée intéressant ?
JS : Il est certain que plus de visibilité aurait aidé mais le problème vient plutôt des coûts d’exploitation d’une telle voiture, par rapport à la performance. Si l’on tient compte des deux paramètres, il est clair qu’il vaut mieux rouler en Skoda R5…

LMSA : Après ce grand défi qu’est le WRC, avez-vous d’autres projets qui vous trottent dans la tête pour les années à venir ? Seriez-vous intéressé par le Rallycross ou le Dakar ?
JS : Non pas vraiment. J’aimerais gagner à nouveau les Ardennes en 2018 et la cerise serait un podium à l’Acropolis…

Nous remercions, encore, Jourdan Serderidis pour le temps qu’il nous a accordé. De plus, nous lui adressons, à lui et toute son équipe, nos plus sincères félicitions ! Et on lui donne rendez-vous au Rallye des Routes du Nord, dont les dates viennent d’être annoncées : du 23 au 25 février 2018 !

Rallye des Routes du Nord 2018

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