Le Mag Sport Auto

WRC Trophy, interview de Jourdan Serderidis

Vous avez l’habitude de le retrouver sur notre site, Jourdan Serderidis a accepté; une nouvelle fois; de répondre à nos questions. Cette fois-ci, nos questions portent sur sa saison 2017. Pour Jourdan, cette année sera centrée sur le WRC Trophy. La nouvelle compétition organisée par la FIA et permettant à tous d’engager des WorldRallyCars d’ancienne génération (2011-2016) sur les rallyes de cette saison 2017 du WRC.

WRC Trophy, Jourdan Serderidis à l’assaut de la nouveauté.

Le Mag Sport Auto : Pour cette nouvelle saison, vous avez privilégié le WRC Trophy à la place du WRC-2, pourquoi ce choix ?
Jourdan Serderidis :
La première chose à appréhender, c’est l’évolution des enjeux en WRC. La catégorie-reine, maintenant avec les spécifications 2017 sera encore et toujours le symbole du prestige principalement recherché par les constructeurs. Mais depuis 2 ans, le WRC-2 est devenu un terrain de bataille différent mais tout aussi important : Ford, puis PSA, Skoda et maintenant Huyndai viennent proposer leur produit à leurs clients et le but est vraiment de dominer les courses mais aussi les ventes ! Au début, c’était encore sympa mais depuis peu, Skoda est venu avec une structure usine et des pilotes-usines, professionnels. M-Sport, au travers de Malcom, a immédiatement reproché la démarche puisqu’à l’origine, les R5 étaient des voitures prévues pour les privés. Mais M-Sport a été le premier à emboîter le pas en faisant rouler Elfyn Evans sur une R5 en WRC-2. Et Camilli aujourd’hui. Et tant qu’on y est, Skoda a encore surenchéri en faisant rouler ni plus ni moins Mikkelsen en personne ! Citroën Racing a opté pour une stratégie plus fine en montant un mini-challenge regroupant des jeunes pilotes rapides, susceptibles de devenir professionnels un jour. Mais toutes ces démarches orchestrées par les constructeurs ne laissent vraiment plus de place aux privés ou aux gentleman drivers. Sur certaines épreuves européennes, on a dénombré l’année passée jusqu’à 28 inscrits en WRC-2, alors que seuls les 10 premiers marquent des points. Autant donc essayer de rouler avec une ancienne WRC, qui sera plus puissante et plus robuste, pardonnant déjà plus les hésitations naturelles.

LMSA : Pour le moment vous n’avez que 4 rallyes prévus en WRC cette année, d’autres rallyes viendront-ils s’ajouter au cours de l’année ?
JS :
Comme il s’agit d’une nouvelle catégorie, on ne sait pas vraiment quels seront les compétiteurs. Au départ, je m’attendais à voir les privés de 2016 en WRC s’aligner avec leur voiture dans le Trophy, comme Prokop ou Bertelli. Mais il semblerait que ces pilotes, ainsi qu’Ostberg, préfèrent rouler avec des Ford-2017. Décidément, Malcom Wilson est un businessman hors pair…
On verra donc, après la Pologne, quel est l’intérêt pour moi de compléter mon programme et de jouer vraiment ce championnat. Il est clair aussi que si je reste seul en lice, il n’y aura pas de championnat au final.

LMSA : Vous êtes le seul engagé en WRC Trophy pour le Rallye Monte-Carlo. A votre avis, cette « coupe des privés » arrivera-t-elle à se faire un nom et à attirer d’autres pilotes ?
JS :
Je pense que Yazeed Al Rahji va faire quelques manches. Pour le reste, je n’ai aucune idée. Si Nasser Al-Attiyah décide de rouler avec une Volkswagen Polo R WRC 2016, ça va devenir plus marrant, très certainement.
Ce qui est certain, c’est que les coûts d’exploitation sont supérieurs à une R5 et que les réglages sont limités sans l’aide de l’usine.

LMSA : Quels sont vos objectifs pour ce Monte-Carlo 2017 ? Conjurer le sort des deux dernières éditions ?
JS :
Les deux dernières éditions ont été douloureuses en effet. Une plaque de verglas dans la deuxième spéciale de nuit en 2015 et une sortie à haute vitesse dans la SS5 en 2016. Néanmoins, on part en 2017 avec une meilleure expérience générale de ce type de rallye, on aura un test plus représentatif des conditions qu’en 2016 où nous avions testé dans le sud. Nous gardons aussi nos mêmes ouvreurs (Beco-Pirotte) qui sont vraiment au top. Selon moi, la DS3 WRC devrait aussi mieux me convenir dans ces conditions. L’objectif premier est d’être à l’arrivée. Le deuxième objectif est d’être dans le top-30, compte tenu du plateau présent. Le but est aussi de s’amuser, mais je pense que c’est l’objectif le plus facile à atteindre…

LMSA : Plus généralement, quels seront vos objectifs pour cette saison 2017 ?
JS :
Dans ma tête, l’objectif est toujours de progresser et de prendre du plaisir. Mais je ne me fixe pas de plan particulier. La seule chose que j’ai décidé pour 2017 c’est de me préparer mieux physiquement. J’ai pas mal évolué en résistance sur les derniers 6 mois et je me sens prêt pour le Monte Carlo, où la concentration est toujours plus importante.

LMSA : Emil Bergkvist va disputer le WRC-2 avec une DS3 R5 du J-Motorsport, vous semblez avoir pris ce pilote sous votre aile. Quels sont vos souhaits pour sa saison 2017 ?
JS :
Nous avons en effet signé un contrat longue durée avec Emil qui possède un éventail de qualités, en plus d’être très jeune. Il est rapide, mature, sérieux et ambitieux. J’ai la conviction qu’il a de l’avenir. Pour 2017, en WRC2 et spécifiquement dans l’Ultimate Challenge, il doit prouver à nous et à Citroën qu’il peut être devant. Notre objectif est clairement de gagner l’Ultimate.

emil-bergkvist-wrc-2-2017

Emil Bergkvist au Rallye de Finlande en 2016.

LMSA : Est-il envisageable de voir le J-Motorsport s’engager en ERC (peut-être en collaboration avec Citroën) ?
JS :
Il n’y a pas d’objection à faire de l’ERC. En Citroën ou avec une autre voiture, pourquoi pas ? Mais nous privilégierons toujours dans ce cas un programme sérieux avec un pilote qui possède les moyens.

LMSA : Après avoir débuté avec une Ford Fiesta R5, vous êtes devenu un fidèle de Citroën. Comment expliquez vous cette relation qui s’est nouée avec cette marque ?
JS :
Tout le mérite revient à Yves Matton, qui s’est démené pour mettre sur pied une collaboration basée sur la confiance et la transparence. Nous avons vécu des moments difficiles, notamment début 2016 mais nous sommes restés unis pour surmonter les problèmes et les résoudre. La relation avec M-Sport était également de grande qualité mais J-Motorsport était victime de certaines exclusivités octroyées à un autre team en Belgique, ce qui a précipité notre changement stratégique. Aujourd’hui, je suis très heureux d’avoir pris cette décision. Et je suis persuadé que nous tirerons encore des avantages en 2017 et en 2018, que ce soit sur la qualité des produits ou de la visibilité.

LMSA : D’un point de vue professionnel, quels seront vos objectifs pour votre entreprise pour cette nouvelle année ?
JS :
Si on parle de ma société informatique (Arηs), nous avons annoncé une croissance de 20% pour cette année alors que nous venons tout juste de présenter une croissance organique de 31% en 2016. Si nous parvenons à conserver la qualité de nos développements avec une telle croissance, je serai comblé. Nous allons probablement aussi ouvrir une filiale dans le nord de l’Italie. Il y a toujours de beaux challenges professionnels aussi.

LMSA : Un pronostic pour cette première des « WorldRallyCars 2017 » ?
JS :
C’est la question la plus difficile de l’interview. Mon feeling est que Citroën a conçu la meilleure voiture 2017. Mais Hyundai avec Thierry et Ford avec Sébastien vont aller aussi très vite et seront très proches. De plus, le Monte Carlo est un rallye atypique où les qualités pures de la voiture sont moins importantes que le pilotage, voire même la chance. Je ne crois pas en Toyota, qui a décidé de tout faire à l’envers. Si cette voiture marche, ce serait un fameux pied de nez aux ingénieurs de Huyndai, M-Sport et Citroën qui ont travaillé avec rigueur et sérieux, sur des bases solides.
Ceci dit, on va vers un championnat beaucoup plus ouvert et il y aura plusieurs vainqueurs différents.
Je dirai donc dans le désordre Kris – Thierry – Sébastien. Je ne pense pas être très original…

Un grand merci à Jourdan Serderidis pour ses réponses. En lui souhaitant bonne chance pour ce Monte-Carlo 2017 !

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