Le Mag Sport Auto

Classic Racing School : Une immersion dans l’histoire

Nous sommes le 19 Août 2018 et pourtant, en cette chaude matinée d’été, il nous semble être revenu 50 ans en arrière, à certaines des heures les plus glorieuses du sport automobile français. En effet, sur le circuit de Charade il nous est aujourd’hui possible d’apercevoir plusieurs hommes – avec à leurs côtés des monoplaces – semblant tout droit sortis des 60’s. Ce sont Julien Chaffard et Morgan Pezzo, et loin d’être mirage ou illusion, ce qui tiendrait du rêve pour bon nombre d’amateurs est aujourd’hui réalité grâce à un concept ambitieux, celui de la Classic Racing School. Présentation…

L’historique

L’idée de base est simple. Alors étudiant en ingénierie mécanique à l’INSA et ingénieur stagiaire chez AGS (une ex-écurie de Formule 1 privée proposant maintenant des baptêmes au volant de ces monoplaces), Julien se rend compte que beaucoup de clients sont intéressés par d’anciennes monoplaces stockées dans l’atelier. Mieux, ces derniers envisageraient même d’en prendre le volant, bien qu’elles soient moins performantes.

Commence alors à germer une idée, celle de faire rouler ces autos et de proposer à « monsieur tout le monde » d’en prendre le volant. Exposé, le projet reçoit rapidement le soutien de grandes familles du sport automobile français telles que les Beltoise ou les Laffite,… c’est à ce moment là que Morgan Pezzo, lui aussi étudiant à l’INSA rejoint l’aventure.

Rapidement, un premier défi se pose. Trouver des voitures correspondant aux critères de la Classic Racing School. Des monoplaces anciennes, en forme de cigare, et au pilotage accessible à tous. Hors, il ne reste plus beaucoup de constructeurs correspondant. Heureusement, après de longues recherches, les deux étudiants trouvent de quoi faire leur bonheur, le constructeur automobile Crosslé.

Entreprise fondée à Hollywood (en Irlande du Nord, on ne s’enflamme pas) par John Crosslé en 1957, « The Crosslé Car Company » est, à ce jour encore, le plus ancien constructeur de voitures de course toujours en activité dans la même usine. Produisant de nombreuses monoplaces allant jusqu’à la F2, prenant part à autant de compétitions, toujours avec du succès, c’est l’idéal pour le projet.

Ainsi, après plusieurs rencontres, la compagnie nord-irlandaise se montre convaincue et lance la production unique de 7 Crosslé 90F, dérivées du modèle 16F de 1969. Pour la petite histoire, c’est avec cette auto que Gerry Birrell devint champion européen de Formule Ford. 

Passé l’écueil des montures, il faut désormais trouver un circuit où permettre à ces dernières de prendre place. Etant donné la nature du projet, un en particulier sort rapidement du lot, celui de Charade. Théâtre de 4 Grand Prix de Formule 1 entre 1965 et 1972, le tracé auvergnat a gardé l’empreinte de ces anciennes monoplaces. Il représente le terrain de jeu parfait pour en accueillir à nouveau.

Eléments techniques

Elles n’ont pas encore pris la piste que nous sommes déjà sous le charme de ces petites irlandaises, et la journée ne fait que commencer. Après un chaleureux accueil et un repas léger, mais de qualité, fourni par un traiteur, la choses plus sérieuses commencent avec la mise en tenue. Ici, point de jean, shirt, débardeur,… tout l’équipement est ambiance 60’s. Seules trahissent la date de fabrication, affichée sur les combinaisons, et les casques modernes (logique en soi, question de sécurité).

Vient le temps du briefing. Tout y passe : présentation de la jeune histoire de la Classic Racing School, bases du pilotage (trajectoires, freinages,…) et éléments de sécurité (signification des drapeaux,…). Une demi-heure plus tard, voilà les pilotes fin prêts pour aller s’installer dans les monoplaces.

Les voitures justement, parlons-en. Comme expliqué plus haut, tous les modèles sont des rééditions d’un châssis de 1969, celui de la Crosslé 16F. Fabriquées dans les mêmes moules, seules quelques petites différences séparent la 16F de sa cadette, la 90F. Premièrement, le cockpit est agrandi, ce pour accueillir jusqu’aux plus grands gabarits. En contrepartie le réservoir en pâti, voyant sa taille fortement réduite. Sous le capot, les choses changent aussi. Exit le moteur compétition 1.6 litre Kent de 105 chevaux de base, place à un 2 litres Zetec préparé par Dunnell Engine. Avec ses 110 chevaux, il est plus coupleux et donc plus facilement exploitable. Moteur récent et équipé d’un silencieux spécial pour ne pas déranger les riverains, l’esprit des 60’s est tout de même entretenu grâce à une alimentation par un carburateur double corps Weber (!) Autre similitude amusante, les pneus Avon utilisés par l’école sont les mêmes que ceux des pilotes de la grande époque.

Une immersion totale, dans le glorieux passé…

Après ces quelques infos techniques, place maintenant au roulage ! Si les premiers tours se font à faible allure derrière un pace-car, la confiance et le rythme augmentent rapidement durant les boucles suivantes. Cela n’est pas anodin car la Classic racing School ne propose pas qu’une location clé en main aux participants. Pour se faire plaisir en sécurité, plusieurs observateurs sont présents au bord du circuit à chaque session. Leur but : critiquer, apprécier, encourager et faire corriger les trajectoires si le besoin s’en ressent. Capitaux pour assurer la sécurité des pilotes et des voitures, l’on retrouve par exemple parmi eux Romain Sarazin ! Vainqueur de la GT Academy Europe 2015, ex-pilote officiel Nissan en Blancpain Endurance Series, c’est lui qui joue le pace-car et montre les trajectoires lors des premiers tours.  

Les sessions s’enchaînent et le plaisir augmente au fur et à mesure mesure des tours. De l’avis général, la voiture est très agréable à conduire et la puissance est largement suffisante pour procurer des sensations incroyables. Pendant que les pilotes roulent, Julien et Morgan jouent les navettes pour emmener les accompagnants aux points clés du circuit. Le partage est l’une des facettes les plus importantes de l’entreprise et personne parmi le public n’est oublié, pas même les enfants.

Après plus d’une dizaine de tours (pour la formule demi-journée) et alors que vient l’heure de couper les moteurs, les sourires se lisent sur toutes les lèvres. Les participants, au nombre de douze (soit le maximum possible), échangent sur leur expérience respective et leur journée alors que vient l’heure de l’apéritif. Champagne,… une nouvelle fois, tout est prévu et l’on ne fait pas dans la demi-mesure.

Une petite remise de diplôme plus tard, il est temps pour tous de refaire le chemin inverse, de retourner 50 ans plus tard, en 2018. Avec du recul, l’expérience proposée est, bien sûr, incroyable, mais attention, l’on verse ici dans le très très haut de gamme ! Voitures, équipements, coachs, lounge, nourriture,… tout est créé pour faire vivre un moment au plus profond du sport automobile des années 60, et le prix (950 € la demi-journée, 1900 € la journée) suit forcément le mouvement.

Cette expérience reste cependant unique et nul doute que, grâce au travail abattu par toute l’équipe, l’école devrait grandir sous peu. De possibles roulages sur des pistes différentes de Charade sont à l’étude (le circuit du Luc ayant déjà accueilli une journée au mois de Mai). Pour les plus curieux, le site de la Classic Racing School est disponible ici. N’hésitez pas, il reste encore quelques places pour les sessions de Septembre et Octobre. Qui sait, la prochaine voiture que vous piloterez sera peut-être une authentique monoplace des années 60…

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