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Dakar 2019, à la rencontre de Mathieu Baumel, copilote passionné et tout terrain !

Dakar 2019, à la rencontre de Mathieu Baumel, copilote passionné et tout terrain !

Champion du Monde en WRC-2 (2015), vainqueur du Dakar 2015 (avec Nasser Al-Attiyah), triple vainqueur de la Coupe du monde des rallyes tout-terrain (2015, 2016 et 2017), et quadruple Champion du MERC (Middle East Rally Championship), Mathieu Baumel a un magnifique palmarès. Avec Daniel Elena et Julien Ingrassia, il est le copilote le plus titré de l’Histoire. C’est aussi celui qui a le CV le plus diversifié. Une richesse qui fait de lui une référence en matière de copilotage. A quelques jours du Dakar 2019, nous avons eu la chance de pouvoir questionner Mathieu Baumel sur différents sujets. Rallye-Raid, expériences passées, Nasser Al-Attiyah, Rallye, rôle du copilote… tout y passe. Retrouvez les réponses d’un passionné dans notre interview exclusive :

Mathieu Baumel, copilote passionné et tout terrain !

Le Mag Sport Auto : Pourquoi être devenu copilote professionnel ? Comment vous est venue l’idée/l’envie ?
Mathieu Baumel : En fait, plus jeune, je faisais beaucoup de Ski. Et j’ai eu un petit accident de genou… même pas moi, on m’est rentré dedans ! Et, du coup, ça m’a éloigné du Ski pendant quelques temps. Et, je n’ai pas pu continuer dans cette voie qu’est le Ski professionnel. Dans le même temps, j’avais un copain près de chez moi qui s’appelle Emmanuel Guigou. Et, à cette époque il était copilote. Un jour il est passé derrière le volant et m’a dit « écoute, j’en ai marre de te voir déprimer, alors viens avec moi dans la voiture. Tu vas voir, c’est super, c’est comme tes skis : freinage, accélération, trajectoire… Je vais t’apprendre, tu vas te régaler et tu te mettras au volant ! » C’est parti de là, et au final, je suis resté à côté ! Et après, j’ai gravi les échelons petit à petit. Du Rallye en France, puis du Rallye à l’étranger avant de passer au Rallye-Raid !

LMSA : Comment vous êtes vous retrouvé à copiloter Nasser Al-Attiyah ?
MB : Un peu par hasard en fait. C’est un peu ce qui faut dans ce métier là. Il faut être bon, c’est la base ça c’est sûr, mais après le hasard des rencontres et être là au bon moment et rencontrer les bonnes personnes. Il se trouve qu’à l’époque je roulais avec Guerlain Chicherit. Pour notre 2e Dakar on roulait chez BMW (Mini/X-Raid maintenant, mais à l’époque c’était avec des BMW X3 et même X5). Et Nasser était dans l’équipe en fait ! On s’est rencontrés en 2006, le courant est bien passé et on a sympathisé. Nasser est quelqu’un qui m’a toujours dit qu’il m’aiderait si j’avais besoin de quelque chose. Au début c’était juste amical. Puis, il m’a aidé à rouler au Moyen-Orient, par chez lui, en rallye, avec des amis à lui, puis des personnes de sa famille. Ça a duré un petit moment comme ça. A l’époque je n’aurais pas pu rouler avec lui. Je n’avais clairement pas l’expérience et le niveau technique que j’ai maintenant. Et puis un jour il m’a dit « écoute, avec tout ce que tu as fait jusqu’à maintenant, et l’expérience que tu as, si un jour j’ai besoin de quelqu’un, je viendrai vers toi si l’opportunité se présente. » J’avais roulé une fois, en 2008, avec lui sur une course en Arabie Saoudite car les femmes y étaient interdites. Et, comme Nasser était copiloté par Tina Thörner (ex copilote de Jutta Kleinschmidt et Colin McRae, ndlr) qui ne pouvait donc pas rouler, on a fait ce rallye ensemble. On l’a gagné. Mais, j’étais en contrat avec Guerlain et lui avec Tina. Donc, on a pas pu poursuivre. Mais, de toute manière, je n’avais pas encore le niveau pour gagner un Dakar. Et puis, les années ont passé. L’expérience a été engrangée et un jour le téléphone qui sonne en 2014 : « Salut Mathieu, qu’est-ce que tu fais la semaine prochaine ? Il y a une course au Qatar et je n’ai personne. » Me voilà parti au Qatar et on fait la course et on la gagne. Après, il me dit « on fait toute la saison ensemble avec comme objectif de gagner le Dakar 2015. Si t’es ok, on se lance tous les deux ! ». J’ai réfléchi un demi-millième de secondes (rires) et j’ai dit oui. En 2014, on fait du Rallye-Raid pour me former et préparer le Dakar afin de combler mes petites lacunes. Par exemple, je n’étais jamais parti devant. Quand tu pars 3, 5 ou 10 ce n’est pas du tout la même course que d’ouvrir la route. On a passé l’année à rouler devant pour que je prenne de l’expérience et que je fasse des erreurs que je n’avais jamais pu faire avant puisque c’était nouveau pour moi que de rouler devant. Cela nous a amené au Dakar 2015 et première victoire ensemble ! L’histoire est partie de là. Mais, il m’a gardé non seulement pour le Rallye-Raid mais aussi pour le Rallye vu que je savais faire les deux. Depuis, on a un palmarès que je pense pas mal.

LMSA : Selon vous, est-il plus difficile de copiloter en Rallye ou en Rallye-Raid ?
MB : Clairement en Rallye-Raid ! En rallye, on a des reconnaissances. C’est toujours un peu le même format. On passe deux fois en reconnaissances dans chaque spéciale, sur le routier, on prend des notes, on prépare notre course. Quand on arrive le jour du rallye, tout est connu et il n’y a aucune improvisation. On récite notre leçon. C’est ça qui me fait dire que pour le Rallye-Raid est beaucoup plus valorisant pour le copilote que le Rallye. Si je devais donner des pourcentages, la victoire en Rallye traditionnel c’est 70% le pilote et 30% le copilote. On est là pour faire des conneries en fait : c’est le pointage, c’est une note un peu en avance, un peu en retard… Normalement, il ne se passe pas grand-chose. Alors qu’en Rallye-Raid, c’est l’opposé. C’est au moins 50/50. Il y a des jours c’est 99% le copilote, d’autres jours 99% le pilote. En fonction du terrain, ou des choix décidés, ça va donner la victoire ou pas. Pour moi, c’est ça le plus intéressant pour un équipage. Pas seulement pour le copilote. Pour le pilote et le copilote. Parce qu’en Rallye-Raid on est amenés à réfléchir en très peu de temps pendant la course. Sans savoir ce qui arrive derrière. Donc, je pense c’est cette analyse qui me fait dire que c’est plus intéressant en Rallye-Raid. D’aller chercher les petites choses qui vont faire gagner du temps ou nous en faire perdre moins que les autres. Et, au moment où il y a des erreurs (et il y en a tout le temps en Rallye-Raid : on s’éloigne de la piste, on a du mal à trouver un Waypoint…). C’est à peu-près la même chose pour tout le monde. Ce qui fait la différence entre les équipages, c’est le temps de réaction pour corriger son erreur. Si je devais choisir, à pilote égal, j’aurais une tendance à choisir le Rallye-Raid. Après, c’est deux disciplines que j’aime autant l’une que l’autre. Et, si je ne devais en faire plus qu’une ce serait le Rallye-Raid !

Mathieu Baumel et Nasser Al-Attiyah, le duo gagnant.

LMSA : On ne vous a plus vu depuis des années en rallye mondial, à quand un retour en WRC-2 ou en WRC ? Vous ne deviez pas faire une pige sur une Yaris WRC ?
MB : Il y a un désir de Nasser de rouler en WRC-2 ou en ERC. On ne roule plus en mondial depuis notre titre en WRC-2 en 2015. Depuis, on a un calendrier assez chargé. Entre le Rallye-Raid, le MERC (avec la même voiture qu’en WRC-2). Et Nasser pratique aussi un autre sport qui est le « SkeetShooting » (une forme de balltrap). Et, il le fait au niveau Olympique, ce qui veut dire des compétitions en Coupe du Monde, en Championnat du Monde, en Qualifications pour les JO de 2020… Tout ça lui prend beaucoup de temps et on a du mal à faire coïncider tous les calendriers. Donc, si c’est possible de faire rentrer des manches du WRC-2 pour se battre pour quelque chose, alors on le fera. Si c’est pour faire une manche ou deux comme ça, je ne trouve pas ça très intéressant. Si au bout il y a une « carotte » avec un titre (en WRC-2, en WRC ou en ERC), alors ça pourrait être super aussi ! Pour l’instant, je sais qu’en 2019 ce sera Rallye-Raid (c’est sûr), championnat du Moyen-Orient (évidemment…). Et on va essayer, mais je sais qu’il y a plusieurs épreuves qui se chevauchent donc on ne pourra pas faire, du rallye. Je pense que ça se dirige plus vers l’ERC, mais avec un gros point d’interrogation au dessus. Ce sera en fonction de nos calendriers.
Avec la Yaris, ça aurait pu être mieux qu’une pige. Mais, encore une fois, rouler avec des voitures comme ça c’est très spécifique. Donc, juste faire une manche pour finir dernier… Il ne faut pas se faire d’illusion, sur des autos comme ça, à part de s’appeler Sébastien Loeb, on ne peut pas rouler devant ! On ne peut pas se battre contre des gens qui sont, à l’année, dans ces autos. Il aura fallu faire un programme de 3-4, voire 5 épreuves, pour pouvoir se rapprocher du top 5, ça aurait été fantastique. Et, dans la mesure où ce n’était pas envisageable, on a préféré mettre ça de côté. C’est dommage, car j’aurais bien fait une petite incursion dans ces petites WRC dernière génération. Mais, si c’est pour rouler et être derniers, ce n’est pas intéressant. Il vaut mieux se concentrer sur d’autres championnats comme le Moyen-Orient ou le Rallye-Raid ou autres. Il vaut mieux rouler en WRC-2 et se battre pour quelque chose que de se dire « je m’amuse avec une WRC et je suis derrière. » Peut-être qu’on ne serait pas derniers, et qu’on se ferait plaisir… mais pas assez pour être dans le top 5. Quand on voit les pilotes qui sont là et l’expérience qu’ils ont et le mal qu’ils ont à venir se battre avec les pilotes qui sont devant, ça fait un peu réfléchir.

LMSA : Visiblement, Nasser Al-Attiyah devrait faire du Rallycross l’année prochaine, pourrait-on vous voir devenir son spotter ?
MB : J’espère bien ! (rires) Là aussi, je ne sais pas ce qui est prévu en fonction du calendrier. Je ne sais pas si je serai le spotter ou pas. Mais, en tout cas c’est sûr que je serai là pour l’encourager ! C’est une discipline en cours de changement car il y a eu pas mal de départs : l’arrêt de Peugeot + Audi + l’équipe de Petter Solberg maintenant. Je ne sais pas de quoi sera fait le WorldRX dans les années à venir. Mais, c’est une discipline très intéressante, très spectaculaire. Donc, pour les spectateurs qui passent une journée entière à voir passer beaucoup de voitures dans toutes les catégories, c’est super intéressant. Donc, même si je ne suis pas spotter j’irai pour supporter Nasser, ça c’est sûr.

LMSA : Cette année, Peugeot ne sera pas au Dakar, en route vers une troisième victoire (la 2e pour vous) ?
MB : Peugeot ne sera pas là oui et non… car on retrouve Sébastien Loeb tout de même ! Alors, même si c’est un team privé, c’est une voiture qui reste très performante avec un très bon équipage. Entre Sébastien et Daniel, ils commencent à avoir plusieurs milliers de kilomètres au compteur en Rallye Raid. Donc, ils seront là pour nous embêter. Et puis, on retrouve toutes les têtes d’affiche finalement : Peterhansel, Sainz, Despres, Roma… De Villiers, Ten Brinke, rien que dans notre équipe. Tous vont se battre pour glaner les places sur le podium. Après, qui va être s’en sortir pour être sur la première ? Je ne sais pas encore. Mais, on va tout faire ce qui faut pour. Je pense qu’on a les moyens qu’il faut cette année. Entre la voiture, le travail effectué par l’équipe, l’expérience qui commence à être conséquente, et vu ce qui se passe chez la concurrence, peut-être qu’on a une bonne chance pour remporter le Dakar cette année. En tout cas, on y va pour ça. Mais, ça ne va pas être facile.

LMSA : Votre avis sur cette édition 2019 du Dakar, 100% péruvienne ? Est-ce que le fait de rester dans le même pays rendra le rallye plus « facile » ?
MB : Absolument pas ! On l’a vu l’année dernière, la partie péruvienne était très technique. Beaucoup de dunes très très molles, des dunes « très mal rangées ». Elles ne sont pas les unes dernière les autres, c’est vraiment un enchevêtrement de dunes avec des petits trous entre chaque. On peut facile y rester dedans, d’ailleurs on avait testé ça l’année dernière ! Alors, au lieu d’y rester 5 jours on va y rester 10 jours. En plus, il y a beaucoup de hors piste, car il n’y a pas vraiment de piste au Pérou, donc la navigation y sera plus difficile. La navigation compliquée, les dunes, la chaleur… Plus les petites choses très techniques que l’organisation nous a prévu. Comme un jour où ce sont les voitures qui vont ouvrir, sans les traces de motos devant, de quoi rendre la chose encore plus compliquée. Deux journées marathon, et une épreuve qui se raccourcie sur dix jours. Une sorte d’endurance, ça va être long mais sous forme entre guillemets de sprint. Donc, tout ça mis bout à bout, je peux vous garantir que ça ne va pas être facile. Ce sera un vrai Dakar comme on a l’habitude de vivre même si ce ne sera qu’au Pérou.

LMSA : Comment préparez-vous une telle épreuve que le Dakar en tant que copilote ?
MB : Le Dakar se prépare toute l’année en fait. Dès que l’on termine le Dakar on se prépare déjà pour celui de l’année d’après. Il n’y a rien qui doit être mis de côté. C’est un travail à l’année avec notre équipe, nos ingénieurs, nos mécaniciens. Les personnes qui travaillent sur la voiture, les ingénieurs sur le moteur et le châssis, les ingénieurs pneumatiques avec BF Goodrich qui sont là pour nous fournir des pneus performants. Et après, ce sont des kilomètres, du développement, des courses… Toutes les courses que l’on fait, même la Coupe du Monde, sont là juste pour faire du développement et du roulage hormis le fait que l’on peut avoir un titre au bout. Le tout dans l’optique du prochain Dakar. Donc, un travail à l’année.

Devenir copilote ? Pas pour la gloire !

LMSA : On a vu Julien Ingrassia signifier son mécontentent sur la taille de son trophée par rapport à celui de Sébastien Ogier. Selon vous, pourquoi le rôle du copilote est minimisé et attire moins que celui de pilote ?
MB : J’en sais rien du tout… ils ont peur que l’on soit meilleurs qu’eux peut-être ?! (rires). Franchement, je ne sais pas. Et ça ne date pas de cette année. Ça date du début en fait. Il y a plus de 20 ans, les noms des copilotes n’étaient même pas sur les vitres arrières ! Il n’y avait que le nom du pilote. Et on ne se souvient pas… même moi si je cherche, qui était le copilote de Vatanen, ou des autres pilotes qui ont pu gagner. Mais ça, ça vient en premier, de la presse et des journalistes. C’est tellement plus facile de dire « Sébastien Loeb a gagné » que « Sébastien Loeb et Daniel Elena ont gagné »… Qu’au fil du temps, c’est rentré dans les habitudes de ne parler que du pilote. Jusqu’au jour où le copilote fait une connerie ou que ça se passe mal. Donc, le temps de changer cette façon de penser, de communiquer, ça va être long. Je pense qu’avec Daniel Elena et Julien Ingrassia on est trois à se débattre pour qu’on soit un peu plus mis en avant. Avec Daniel on a, je pense, de la chance. Car, que ce soit avec Sébastien pour Daniel ou Nasser avec moi, se sont des gens qui disent « on » et pas « je ». Que ce soit positif ou négatif ils disent toujours « on ». Et, du coup, la presse associe les noms du pilote et du copilote ensemble. Pour Julien, c’est peut-être un peu plus compliqué. Mais, je suis tout à fait d’accord avec lui ! C’est aberrant de ne pas avoir la même reconnaissance. La victoire elle est dans la voiture, c’est un team. Si Sébastien Ogier n’a pas Julien Ingrassia à côté, il n’est pas champion du monde, ça ne marche pas pareil. Pourquoi, surtout que c’est ridicule, c’est juste une coupe en plus… Et encore, on ne parle que de ça, mais il y a d’autres choses derrière, comme le salaire si on veut partir dans ce sens là… mais c’est quasiment pareil que la différence avec la coupe. Mais, c’est un métier, pour nous copilotes en tout cas, où il ne vaut pas attendre la même reconnaissance, un niveau de salaire équivalent, il faut mettre ça de côté. Moi, dans mon cas, c’était une passion, et ça l’est toujours. Alors, c’est devenu mon métier, c’est génial, je suis un privilégié et j’ai beaucoup de chance. Mais, si on ne peut pas se détacher de ça, on n’y arrivera pas. Il ne faut pas vouloir chercher la gloire ou la reconnaissance à notre place. Après, on essaye petit à petit, de faire évoluer ça, de faire changer ça. Il y en a beaucoup qui associent les deux. Mais, si la FIA, en premier lieu, elle ne le fait pas, comment derrière ça peut suivre ? C’est juste ça…

LMSA : Que conseillerez-vous à un(e) jeune qui souhaite devenir copilote professionnel ?
MB : Et bien, c’est toujours compliqué comme question. Car passé un temps, j’essaye toujours de former des jeunes qui veulent débuter. La première des choses, et j’aurais aimé, moi, à mes débuts, même si c’est un peu Emmanuel Guigou qui a fait office d’enseignant, mais j’aurais aimé qu’il existe l’école que j’ai pu créer par la suite pour aider à former les copilotes. Car, cela évite des erreurs bêtes au niveau du pointage, du règlement, de l’interprétation du règlement… Et, j’aurais aimé que l’on m’enseigne ça à mes débuts. Cela fait gagner beaucoup de temps et, au final, évite pas mal d’erreurs. Ce qui n’est pas possible, je pense, c’est quelqu’un qui arrive et dit « bonjour, je n’ai aucune expérience et j’aimerais devenir comme vous. » Quelque part, je ne sais pas faire, je ne peux pas faire. Je peux vous apprendre à être bon dans ce que vous faites, à prendre plaisir à ce que vous faites quand vous êtes dans la voiture, vous apprendre à éviter de faire des erreurs… en sachant qu’il faut d’abord faire les erreurs pour comprendre pourquoi. Et, c’est là où l’on peut faire gagner du temps. Surtout quand on le sait qu’au début les petites erreurs peuvent coûter beaucoup d’argent, et qu’elles peuvent entraîner de lourdes pénalités, voire même une exclusion car on ne connaissait pas un petit détail du règlement. Donc, si on essaye d’enlever tout ça, on a un niveau qui nous permet d’aller démarcher des pilotes plus performants, puis des teams pour profiter d’être dans les challenges (comme la Coupe Peugeot par exemple). Tout ça permet d’aller un peu plus vite dans l’apprentissage tout en évitant les erreurs. Et, ensuite, quand tout le monde a à peu près le même niveau, il faut savoir se mettre en avant, d’aller provoquer un peu le hasard. C’est le hasard des rencontres qui, après, font que l’on peut passer d’un niveau à l’autre et, arriver, un jour, je l’espère, dans une équipe officielle avec un pilote performant. Mais, donner une voie de comment il faut faire, du début à la fin, pour y arriver, je ne sais pas, il n’y en a pas. Je peux juste aider à gagner du temps au début pour être plus vite au niveau. Après, c’est vraiment les personnes qui doivent aller rencontrer les gens. Et, ce sont ces rencontres qui feront qu’on se retrouve dans telle ou telle équipe.

LMSA : D’ailleurs quelles sont les qualités d’un bon copilote ?
MB : Le calme ! En fait, le copilote c’est un peu le baby-sitter de tout le monde, en particulier du pilote. C’est lui qui doit tout gérer. Donc, s’il n’est pas organisé, s’il n’est pas calme, s’il n’arrive pas à gérer son stress, ça ne marchera pas. Mais, n’importe qui peut y arriver, tout s’apprend. Il suffit d’être rigoureux dans ce que l’on fait, d’être concentré, et cela devrait bien se passer.

Mathieu Baumel, un copilote passionné et privilégié.

Mathieu Baumel commentait également le WRC sur la Chaîne l’Équipe (21).

LMSA : Vous nous parliez d’une école, pouvez-vous nous en dire plus ?
MB : Je n’ai plus vraiment le temps de m’en occuper. C’est une école que j’ai créée sur le pôle mécanique à Alès il y a un peu plus de 10 ans avec Fabrice Morel, un pilote avec qui j’avais roulé chez Peugeot. Et lui, en fait, s’occupe de l’école de pilotage, qui fonctionne toujours et fonctionne plutôt bien. En fait, je m’étais greffé à lui, sur le Pôle Mécanique où il y a tout à disposition, circuit, voitures, et infrastructure. Et, c’est vrai que j’ai eu pas mal de copilotes débutants soucieux de faire le moins d’erreurs que possible. Il y en a pas mal qui roulent toujours, on est encore en contact grâce aux réseaux sociaux. Et, certains roulent même à un bon niveau. Et donc ça fait plaisir. De temps en temps, en fonction des demandes, je peux encore faire du Rallye ou du Rallye-Raid, mais ça reste vraiment ponctuel. Par exemple, à l’époque, j’avais eu les équipages Rallye-Jeunes en formation et, dans ces équipages il y avait un certain Julien Ingrassia ! Je dois avoir une photo qui traine quelque part. Mais bon, il avait déjà un bon niveau à l’époque, je ne sais pas si je lui ai appris quelque chose.

LMSA : Le système de notes évolue d’un équipage à l’autre. Pour vous, est-ce le copilote qui doit s’adapter aux préférences du pilote ou le pilote qui doit s’adapter au style de son copilote (surtout si celui-ci est plus expérimenté) ?
MB : Je pense que c’est vraiment le copilote qui doit s’adapter à son pilote. Je prendrai deux cas pour illustrer :
Le copilote qui change souvent de pilote. Il n’y en a plein qui aiment bien ça, qui roulent tous les week-ends et changent donc souvent de pilote. Donc, c’est évident que c’est au copilote de s’adapter à son pilote. Et sans essayer de changer quelque chose. Surtout pour des one-shot ou quand c’est pour le plaisir de rouler. Il faut s’adapter et ne rien changer.
Quand on garde le même pilote et que l’on roule ensemble sur plusieurs années, les deux vont évoluer en même temps. Ainsi, le copilote peut donner son avis et tenter de corriger quelques points négatifs ; et il y en a toujours ; des angles, des distances, des appréciations, des façons de le noter… Chacun va aider l’autre. Et, c’est ce qui va faire que l’on peut rouler plus vite tout en étant en sécurité.
Il faut bien distinguer ceux qui changent tout le temps et ceux qui sont ensemble sur plusieurs rallyes.

LMSA : Auriez-vous une anecdote cocasse sur votre carrière de copilote à raconter ?
MB : Oui, j’ai quelque chose (rires) ! C’est à l’époque où je roulais avec Guerlain Chicherit. On se retrouve au Rallye d’Allemagne, à l’époque on roulait en WRC (JWRC, ndlr) avec une petite Saxo S1600. Et, il fait souvent très mauvais en Allemagne. On sort du parc et l’on avait prévu dans la voiture des sur-chaussures. En fait, c’était des comme des bottes de pluie découpées que l’on mettait par-dessus nos chaussures pour protéger quand on marchait dans la boue pour ne pas salir après dans la voiture et, pour le pilote, protéger les pédales. Et puis, on fait notre regroupement, notre service, tout ça… et on remonte dans la voiture sans faire attention. Puis, on prend le départ de la spéciale suivante, tout va bien jusqu’au premier freinage. Et, il me dit dans le casque « ce n’est pas comme d’habitude, il y a un truc qui va pas, les freins ne marchent pas… » Un truc grave quoi, et puis il regarde les pédales, voir ce qui ne va pas, et puis on éclate de rire… En fait, il avait oublié d’enlever les sur-chaussures ! (rires). C’est un souvenir assez sympathique.

Guerlain Chicherit et Mathieu Baumel, ici au Rallye de Turquie

LMSA : Quel est le pilote (décédé ou non) que vous auriez rêvé de copiloter ? Et, à l’inverse, celui que vous auriez refusé de copiloter ?
MB : La personne qui m’a fait aimer le rallye, quand j’étais étudiant à Montpellier, et lors des premiers rallyes que j’ai vu (les Cévennes), la personne que l’on attendait, c’était Jean Ragnotti ! A l’époque, c’était quelqu’un qu’on appréciait beaucoup et que l’on attendait car il était très spectaculaire. Encore une fois, je n’aurais pas eu le niveau de le faire, mais on se dit que ça devait être bien de rouler avec des gens comme ça. Ça aurait été fantastique de monter à côté d’un gars comme ça !
Il n’y a pas vraiment de pilote que j’aurais refusé de copiloter, surtout que maintenant j’ai la possibilité de choisir avec qui je veux ou j’aimerais rouler. Ça se fait ou ça se fait pas, ça ne me changera rien parce que j’ai tellement vécu de chose. A l’époque… en fait tu ne peux guère refuser de rouler avec quelqu’un quand tu débutes. A moins que ce soit vraiment un fou… Mais, je n’ai jamais eu à faire ce choix. C’est sûr que j’ai déjà eu des situations où on m’a proposé plusieurs pilotes mais j’avais déjà une certaine expérience. Donc tu peux dire « lui, je n’ai pas forcément envie mais si je n’ai rien d’autre pourquoi pas. » Mais, tu vois, ce sont des choix qui se font en fonction du désir personnel. Moi, la première des choses, c’est quand même prendre du plaisir. Donc, si tu vas rouler en sachant que tu vas te faire chier, pardon pour le mot, ce n’est pas intéressant ! Et au final, tu n’attends qu’une chose, c’est que tu abandonnes ou que quelque chose casse, mais en tout cas que le rallye s’arrête. Et, j’ai toujours essayé d’éviter ces situations-là. En fait, j’ai toujours eu de bonnes relations avec les pilotes avec qui j’ai pu rouler. Et, c’est rare que j’ai eu envie de dire « non, je ne veux plus rouler avec ». Je n’ai pas vraiment eu, en fait, à prendre cette décision.

Un grand merci à Mathieu Baumel pour le temps qu’il nous a accordé et ses réponses, sincères. En lui souhaitant de la réussite, avec Nasser Al-Attiyah, pour le Dakar 2019.

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