Le Mag Sport Auto

ERC Historic, interview de Yannick Roche (Lancia Stratos HF)

ERC Historic Yannick Roche

Parce qu’il n’y a pas que le rallye moderne dans la vie, nous avons voulu nous pencher sur un exemple de compétiteur en rallye historique. Nous avons eu la chance de pouvoir interviewer Yannick Roche, copilote d’Erik Comas (ancien pilote en F1 et aux 24H du Mans). Yannick dispute l‘ERC Historic sur une mythique Lancia Stratos HF. Sans plus attendre, voici son interview :

Yannick Roche, un véritable passionné au cœur de l’ERC Historic.

Le Mag Sport Auto : Bonjour Yannick, peux-tu te présenter à nos lecteurs, ainsi que ton parcours en rallye ?
Yannick Roche : Bonjour Simon, j’ai tout juste trente ans et suis copilote depuis l’âge de 16 ans. J’ai fait 3 finales de coupe de France dont une victoire de classe à Mende en 2007 avec Cédric Durand. Du championnat de France Terre et Asphalte, dans le cadre d’une formule de promotion et une première participation à une épreuve WRC en Alsace en 2013 avec Nicolas Braunstein, quatre autres départs en mondial ont suivi, le dernier au Tour de Corse 2017. Je cours depuis l’an dernier avec Erik Comas, dans le baquet d’une Lancia Stratos HF, dans le cadre du Championnat d’Europe des Rallyes Historiques. Nous avons remporté quatre victoires ensemble, dont la 100è édition de la légendaire Targa Florio en Sicile, et terminé par trois fois sur un podium européen.

LMSA : La Lancia Stratos HF est une voiture mythique. Peux-tu nous en dire plus sur elle ? On doit être à l’étroit dedans, non ?;)
YR : La reine des rallyes porte bien son nom. Tout d’abord c’est le seul modèle de voiture de rallye qui fut développé d’abord pour la course puis adapté à la route ensuite. Cesare Fiorio, responsable du pôle compétition HF chez Lancia à l’époque, avait d’ailleurs établi un cahier des charges des plus fonctionnel, savant mélange des contraintes mécaniques et ergonomiques de pilotage. Malgré les difficultés à monter un tel programme, on peut dire que la mayonnaise a bien fonctionné puisque durant 8 saisons, la Stratos a remporté des épreuves du championnat du monde. Je ne vois pas d’autre modèle qui pourrait avancer une telle longévité dans la performance. D’un point de vue un peu plus technique, c’est environ 900 kg, le mythique V6 Ferrari en position centrale arrière qui développe environ 260 chevaux dans sa version 12 soupapes, et une fourchette de réglage globale digne d’une monoplace.
A l’étroit ? Je mentirais en disant l’inverse mais une fois la bonne position de siège baquet trouvée, tout tombe parfaitement sous la main dans la voiture. Il est vrai que de remonter dans une voiture moderne du groupe R est presque déroutant par la place disponible dans l’habitacle.
Enfin, les sensations dans la voiture sont décuplées, l’effet cockpit d’avion, accompagnée de sa visibilité déconcertante, avec le moteur juste derrière les oreilles offrent un ressenti incomparable.
Je pourrais en parler des heures, mais j’invite les lecteurs à aller visiter le site lanciastratos.com , ou encore se procurer le livre Lancia Stratos, mythe et réalité, véritable bible de la belle italienne.

LMSA : Toi et Erik Comas vous êtes en tête du championnat dans votre catégorie. C’est plutôt un bon début de saison, non ?
YR : En effet, la saison ne pouvait pas mieux débuter. Même si tout ne fut pas aussi facile qu’il n’y paraît, nous avons pour l’instant réalisé un sans-faute en marquant le maximum de points possible.
L’autre point positif est de s’être battus pour la victoire générale sur chaque épreuve, et seule la pluie nous a privé de celle-ci lors des deux épreuves espagnoles, chacune soldée à la deuxième place scratch derrière une quatre roues motrices.

LMSA : Vous avez remporté le Historic Vltava Rallye 2017 en avril, comment s’est déroulé le rallye pour vous ? Quel sentiment avez-vous après cette victoire ?
YR : Ce fut un rallye compliqué pour plusieurs raisons, mais l’implication de notre équipe Chiavenuto Prototipi et Mario Decadenti Elaborazioni a été parfaite. Ils ont réalisé le sans-faute et nous ont permis de décrocher une belle et importante victoire malgré, une fois de plus, la pluie du deuxième jour. C’était aussi notre quatrième victoire dans un quatrième pays différent, c’est toujours émouvant d’entendre La Marseillaise sur un podium final. Et puis ce fut un beau résultat final avec six nationalités différentes aux six premières places du rallye.
C’est déjà une chance de pouvoir faire des rallyes en Stratos, mais c’est la cerise sur le gâteau d’arriver à les remporter.

LMSA : La République Tchèque semble être une terre de fans de rallye. Est-ce que ça s’est ressenti durant les ES sur ce rallye ?
YR : Dès notre arrivée à l’aéroport, on est tout de suite dans le bain, avec une Fabia R5 fièrement exposée en plein centre de celui-ci. Ça fait vraiment plaisir de voir un tel enthousiasme, ressenti jusque dans les spéciales, et ce malgré la pluie.
Et puis la Stratos a toujours une belle cote de popularité auprès des fans tchèques. Ils étaient servis cette année avec la présence d’une deuxième Lancia aux mains de nos amis britanniques Steve Perez et Carl Williamson, qui finissent d’ailleurs à une belle 5è place.

LMSA : Le Rallye d’Ypres est une épreuve mythique et délicate. Quels seront vos objectifs sur ce rallye ?
YR : Je crois que tu as trouvé les deux termes adaptés. Il y a tout juste quarante ans, Bernard Darniche imposait la Stratos pour la seule et unique fois. Il n’y avait pas encore de quatre roues motrices, et leur présence ne va pas rendre notre tâche facile. C’est aussi une affaire de spécialiste, preuve en est, sur l’épreuve historique, il faut remonter à 1998 et la victoire de Björn Waldegard pour retrouver un vainqueur non belge.
Ce sont des routes qui paraissent vraiment différentes de tout le reste du championnat, et il va nous falloir du temps pour trouver le set-up idéal, conditions indispensables pour aller vite en Stratos.
Donc raisonnablement, et pour une fois, nous allons essayer d’être dans le groupe de nos concurrents directs au championnat, sans vraiment s’occuper des spécialistes.

Yannick Roche, « je ne suis qu’au tiers de ma carrière »

LMSA : Tu as copiloté Cédric Cardi au Tour de Corse, as-tu d’autres projets pour cette saison que l’ERC Historic ?
Yannick Roche : L’objectif principal de la saison est l’ERC Historic avec Erik. Mais, en effet, j’ai fait une pige avec Cédric Cardi, un jeune pilote Corse doté d’une belle intelligence de course pour son âge, après une édition 2016 en commun qui s’était déjà très bien passée. Pour l’instant, les autres propositions que j’ai pu avoir étaient en conflit avec l’ERC, mais je n’exclue pas quelques autres épreuves d’ici la fin d’année.

LMSA : Pour un copilote, quelles sont les principales différences entre le rallye moderne et le rallye historique ?
YR : La principale différence, qui concerne la quasi-totalité des épreuves historiques européennes sauf Ypres, est dans la gestion des assistances.
En effet, comme c’était le cas il y a plusieurs années, l’assistance est autorisée tout au long du rallye, sur le temps de routier, ce qui demande une préparation logistique en amont nettement plus poussée que sur un rallye moderne. La stratégie de course est vraiment dépendante des choix d’emplacements d’assistance, qu’il est indispensable de valider pendant les reconnaissances.
Parfois, c’est un peu plus compliqué quand le timing est calé sur une épreuve moderne, comme c’était le cas en République Tchèque.
Ça peut être un peu plus stressant aussi pendant la course, où la gestion du timing en liaison est primordiale pour avoir un temps d’assistance suffisant. La limitation des reconnaissances est variable selon les pays. Sinon, tout le reste est vraiment identique, avec un haut niveau de compétitivité sur les épreuves historiques, entre les concurrents du championnat et les spécialistes locaux sur chaque épreuve.

LMSA : Tu copilotes avec une tablette, plutôt original comme choix. La lecture de note est-elle plus aisée que sur papier ?
YR : J’ai eu la chance de découvrir cet outil lorsque j’ai copiloté Patrick Gengler en 2015. Je ne l’ai plus jamais quitté depuis. Je n’y vois que des avantages, de la prise de notes à la lecture (fini les lecteurs de carte la nuit), en passant par les corrections de notes en spéciales ou encore les chronos et splits directement sur la tablette. Un gain de temps non négligeable également qui réduit considérablement les périodes de mise au propre après chaque journée de reconnaissances.

LMSA : L’ERC Historic est encore plus confidentiel que l’ERC Moderne. Selon toi, que faudrait-il faire pour mieux médiatiser ce championnat ?
YR : Il l’est d’autant plus en France car aucune candidature d’épreuve n’a, semble-t-il, été déposée. C’est dommage. Sur des épreuves espagnoles, et encore plus italiennes, le nombre d’engagés et de spectateurs n’a rien à envier à des épreuves modernes. Il faut dire que l’Italie fait régulièrement le plein d’engagés, avec près de 100 engagés, uniquement historiques sur certaines épreuves.
Un premier pas à faire serait peut-être de créer un site web dédié, comme c’est le cas en WRC ou ERC, permettant de visionner des résumés vidéo d’épreuves ou encore des photos, sans forcément aller chercher sur le site officiel de la FIA.
D’un autre côté, les coûts d’engagement n’ont vraiment rien à voir avec le WRC ou même l’ERC, alors ça peut être compliqué de trouver les fonds nécessaires.
Les ingrédients sont pourtant réunis avec des plateaux de rêves mélangeant Stratos, 037, M3, Delta, Sierra, Audi Quattro, Alpine et j’en passe, réunies sur des épreuves non moins mythiques. Les noms Costa Brava, Isola d’Elba, Ypres pour ne citer qu’eux sont le théâtre de quelques-unes des plus belles pages de notre sport.

LMSA : Dans quelle auto historique rêverais-tu de monter ? Et quelle auto moderne ?
YR : Pour les historiques, j’ai déjà exaucé une partie de mon rêve avec la Stratos, et une vraie qui a courue à l’époque, pas une reconstruction.
L’Alpine A110 ou la Lancia 037 me font rêver aussi. Quant aux autres Groupe B, chacune d’entre elles fait envie mais il est désormais impossible de pouvoir les utiliser sur des épreuves chronométrées.
C’est ce qui m’a séduit dans le programme avec Erik, une voiture mythique poussée à son maximum, et les sensations et le plaisir ne peuvent qu’être au rendez-vous.
Parmi les autos modernes, les WRC2017 sont quand même vraiment sur une autre planète, et c’est évident que c’est un rêve d’y prendre place.
Sinon, et sans ordre de préférence, toutes les voitures des catégories reines WRC2016 et R5, et notamment pour avoir une notion de comparaison entre elles.

LMSA : Quels sont tes objectifs/tes rêves pour le futur de ta carrière ?
YR : L’objectif à court terme est clairement le championnat d’Europe avec la Stratos. A moyen / long terme, évidemment que chacun des championnats WRC fait rêver, du Junior à la catégorie reine. On a la chance, en tant que navigateur, de ne pas être touché par une sorte de limite d’âge, et les exemples de Denis Giraudet ou John Kennard, en sont les plus belles preuves. Comparativement, je ne suis donc qu’au tiers de ma carrière.
D’autre part, et c’est aussi une des raisons qui m’a attiré vers le championnat d’Europe des rallyes historiques, je suis toujours à la recherche de nouvelles aventures, destinations et épreuves. La Belgique sera le 7è pays différents dans lequel je roulerai. Et des épreuves exotiques en Europe ou hors Europe ne serait pas pour me déplaire.
Je n’exclue pas non plus le Rallye-Raid.
En résumé, de belles histoires sont encore à écrire…

Merci pour tes réponses et bonne chance à Ypres !

Vous pourrez retrouver Yannick Roche, Erik Comas et leur mythique Lancia Stratos HF au Rallye d’Ypres Historique 2017, ce week-end en Belgique !

Crédits photos : Max Ponti

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