Le Mag Sport Auto

Interview de Stéphane Fillastre (FIA) : « Le futur, on le voit brillant »

Il est l’un des responsables de la FIA et de son implication toujours plus grande dans l’esport.
A l’occasion des Finales Mondiales Gran Turismo, Stéphane Fillastre a accepté de répondre à nos questions. Futur des championnats, futur des vainqueurs et futur de la FIA dans les jeux vidéo, il n’a éludé aucune question.

Le Mag Sport Auto : Pouvez-vous vous présenter, en quelques mots, à nos lecteurs ?

Je suis Stéphane Fillastre, je travaille au département marketing de la FIA et je suis particulièrement en charge des marques et de leur développement, Gran Turismo étant la démonstration de ce développement.

La FIA supporte-t-elle d’autres jeux que Gran Turismo ?

Nous supportons indirectement les jeux développés suite à des accords commerciaux tels que la F1, le rallye ou le rallycross, mais le degré d’implication dans Gran Turismo est unique. Nous avons créé un championnat, des règles,… qui rendent ce partenariat spécifique, là où d’autres jeux sont une ‘‘simple’’ traduction de la réalité.

Pourquoi ce partenariat avec Gran Turismo plutôt qu’un autre ?

Nous avons toujours souhaité créer un véritable championnat en ligne pour proposer des compétitions aux gamers. Cependant, cela n’a pas été simple. En effet, certains jeux retranscrivant la réalité des courses et ayant déjà leur système de championnat et de règles ne nécessitaient pas l’intervention directe de la FIA. A l’inverse, d’autres ne souhaitaient pas cette intervention qu’ils auraient pu voir comme une contrainte. Après de longues discussions, il s’est avéré que Gran Turismo était la meilleure option pour créer un cadre de championnat avec ses règles, son fonctionnement,… sachant que ce championnat n’est qu’une partie de Gran Turismo. Et avec Kazunori Yamauchi (créateur de Gran Turismo, lire notre interview sur Le Mag JHT), nous avons testé, re-testé, re-testé,… le système qui aujourd’hui nous donne des courses d’une qualité incroyable.

Comment la FIA gère-t-elle les différentes pénalités ?

Nous avons deux niveaux de gestion des pénalités. Il y en a un ou l’on a défini le cadre général que l’on voulait avoir dans ce championnat. Cela concerne l’accessibilité, le respect de l’autre et toutes les grandes règles des sports mécaniques. En second niveau, on a proposé d’accompagner les jugements de la direction de course, cette dernière étant pilotée par les équipes de Gran Turismo. Nous faisons cela parce qu’à l’inverse d’autres championnats, on ne peut pas rentrer dans la technologie du jeu. Aujourd’hui, la FIA se doit d’être garante de certaines règles dans les sports mécaniques, notamment au niveau de l’homologation des voitures. Si on peut le faire sur une F1, on ne peut pas dans Gran Turismo. Donc on est tributaire de la technologie du jeu et on a pas la capacité de juger. C’est pour cela qu’on vient en soutien mais la décision finale est portée par les équipes de Gran Turismo. Après, c’est notre première saison, tout n’est pas encore parfait. Cependant, on débriefe à la fin de chaque évènement pour trouver des solutions aux problèmes et on travaille pour nous améliorer.

Comment voyez-vous le futur de ce championnat Gran Turismo ?

Le futur, on le voit brillant parce qu’il y a encore une multitude d’opportunités à développer. Par exemple, le jeu vidéo peut-être utilisé pour la formation des officiels, des volontaires,… On peut tester des nouveaux formats de compétition. On voit aussi une extraordinaire possibilité d’engager des publics qu’on a du mal à toucher, comme les femmes, les personnes handicapées,… Il y a des femmes très talentueuses, qui ont envie, qui aiment les sports mécaniques et avec les jeux, on peut trouver un moyen de véhiculer cette passion. Les handicapés sont également un sujet très large. Que ce soit le Forum International des Fédérations, le Comité International Olympique,… tous veulent utiliser les compétitions d’esport comme des moyens d’intégrer et de faire pratiquer ceux qui ne peuvent pas faire ces sports en réel.

Quels sont vos plans pour intégrer ces personnes justement ?

Il y aura des développements, des créations de compétition, mais il ne faut pas ostraciser ces gens. Une femme peut être aussi rapide au volant qu’un homme. Il faut donc créer un contexte qui les fasse participer avec les mêmes armes que tous leurs adversaires. Et ici, sur Gran Turismo, ils ont tous la même Playstation, ils ont tous le même volant et le même jeu. C’est totalement équilibré.

Qu’adviendra-t-il du vainqueur du FIA Certified Gran Turismo Championship ?

L’étape d’après, c’est de se demander si ce sont les constructeurs, les clubs (fédérations nationales) ou encore les mécanismes de jeunes talents, d’académie,… qui voudront aider ces pilotes à se développer. Pour donner un exemple, l’un de nos clubs, dont je tairai le nom puisque c’est confidentiel, considère fortement l’idée de remercier le meilleur du pays en lui offrant une saison de Formule 4. Donc oui, il y a aujourd’hui de nombreuses opportunités sur la table et on analysera ce qu’il va se passer.

Les jeux vidéo sont-ils bien vus dans le monde du sport automobile ?

Je vais être politiquement incorrect parce que je vais parler d’âge… (rires) mais pour une certaine classe d’âge, c’est uniquement un gadget. Pour les pilotes d’aujourd’hui, c’est naturel. Le jeu vidéo a un tel degré de précision que c’est aussi bien qu’un simulateur et que c’est évident pour eux de s’en servir.

Est-ce que la FIA envisage de s’impliquer encore plus dans les jeux vidéo et pas seulement Gran Turismo ?

La vitesse supérieure, c’est par la création d’un groupe de travail, une sorte de commission intégrant des acteurs multiples et réfléchissant sur le futur du jeu vidéo dans les sports mécaniques. Il faut néanmoins faire attention à ne pas sur-exciter les joueurs pour ne pas tomber dans des travers avec de l’excessive gaming. On va réfléchir quant au statut pro ou amateur des pilotes, il faudra également penser à l’exclusion de certains pilotes en cas de comportement non-vertueux, mais aussi gérer les calendriers pour trouver une place à chaque compétition. Ce que je peux vous dire en tout cas, c’est que c’est définitivement dans l’agenda prioritaire de la FIA.

Merci, Stéphane Fillastre, d’avoir accordé cette interview à Le Mag Sport Auto.

 

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