Le Mag Sport Auto

Monte-Carlo, interview de Jourdan Serderidis

La saison passée, nous vous avions fait vivre le WRC-2 de l’intérieur grâce à Jourdan Serderidis. Le pilote greco-luxembourgeois avait eu la gentillesse de répondre à nos questions après chacun de ses rallyes internationaux. Cette année, Jourdan troque sa Ford Fiesta R5 contre une Citroën DS3 R5 et repart à la conquête de bons résultats en WRC-2. Et cette année aussi, nous allons le suivre ! Voici une interview réalisée après son rallye Monte-Carlo 2015 où il abandonne après une sortie dans l’ES2, détails :

Le Mag Sport Auto : Une 35e place dans l’ES1 et un bon temps au Shakedown, votre rallye Monte-Carlo commençait plutôt bien ?!

Jourdan Serderidis : Oui, en effet. Le feeling avec la DS3 R5 a été bon dès le début de nos tests hivernaux lors desquels nous avons très bien travaillé la partie amortissements et l’équilibre général de la voiture. Ce sentiment a été confirmé dès le shakedown où je me suis mis en confiance immédiatement. Et la confirmation sur la ES1, pourtant très majoritairement verglacée et enneigée. Nous étions vraiment à l’aise, sans forcer, mais tout en souplesse. Sur la ES2, nous avons perdu le powershift et cela m’a perturbé au niveau technique puisque je devais freiner pied droit dans certains cas de figure. Mais je m’étais déjà adapté à cet handicap lors de notre sortie.

LMSA : … avant votre sortie dans l’ES2 au même endroit que Bryan Bouffier. Erreur de copilotage ou un endroit plus piégeux que prévu ?

JS : Ce virage consistait en un troisième piège successif annoncé par nos ouvreurs. Inconsciemment, on est moins vigilant lorsque 3 virages successifs sont marqués de manière identique. Et en effet, la zone de freinage était située sur un pont (invisible de nuit car sans rambarde) et le grip était encore moindre que sur les autres portions. J’ai entamé le virage avec trop de vitesse. J’ai eu le bon réflexe de ne pas toucher aux freins mais il n’était pas possible de virer à cette vitesse avec un tel angle. Bryan a tiré tout droit, Jari-Mati a touché le pont avec l’arrière mais s’en est sorti sans trop de casse. Fabiano Lo Fiego a également tiré tout droit mais nous l’avons remis sur la route. Mais il n’y a pas d’excuse à faire valoir : j’étais trop vite, point à la ligne.

LMSA : 2 Es de nuit, comment adapte-t-on son pilotage face à ces conditions ?

JS : La rampe de phares de la DS3 R5 est vraiment très efficace, surtout par rapport aux LEDS de la Fiesta, qui n’ont absolument pas la portée des XENONS de la Citroën. Pour moi, qui n’aime pourtant pas trop les étapes de nuit, je n’ai pas ressenti une quelconque gêne par rapports à ces spéciales nocturnes. Et la neige permet aussi d’avoir un bon repère des côtés de la route.

LMSA : Sébastien Loeb expliquait avoir l’impression de ne pas avancer sur certains endroits de l’ES1, qu’en était-il au volant de votre DS3 R5 ? Comment gère-t-on de telles conditions de route ?

JS : J’étais quand même inquiet de mon comportement sur de la glace avant la spéciale. J’avais encore en mémoire mes premières spéciales au Monte Carlo 2014 où j’étais vraiment à l’arrêt, totalement tétanisé sur les portions glissantes. Ici, dès les premiers km, j’ai pris du plaisir à laisser glisser la voiture et enchaîner les virages. Les pneus cloûtés permettent une motricité inimaginable, que ce soit au freinage ou à la relance. Maintenant, il ne faut pas non plus s’emballer : le grip n’est pas constant (la preuve par ma sortie en ES2) et il faut pouvoir improviser et lire la route à tout moment. Je pense avoir bien géré surtout les parties linéaires, rapides, où il faut éviter de casser la vitesse. Au niveau technique, j’ai énormément progressé sur les épingles que je prends en glisse aujourd’hui alors que j’en étais incapable il y a un an. C’est très gratifiant de se voir progresser au niveau technique.

Crash Jourdan Serderidis Monte Carlo 2015

LMSA : Cette saison vous passez de la Ford Fiesta R5 à la Citroën DS3 R5, quel est votre ressenti après cette première prise en mains ?

JS : Je suis complètement sous le charme. Mon entourage et moi-mêmes avions tous pensé que le temps d’adaptation serait nettement plus long pour se rapprocher de nos performances en Fiesta. Or, nous sommes déjà nettement plus rapides et j’ai un feeling fantastique avec la DS. Franchement, c’est inespéré et je suis aux anges.

LMSA : Quelles sont les principales différences entre ces deux R5 ?

JS : Ce qui marque les esprits immédiatement, c’est le temps de réponse du moteur : la réaction est immédiate. On a l’impression de conduire une WRC. Aucun temps mort, comme je l’avais avec la Fiesta. L’autre aspect typique de la DS est son côté « racing » : la voiture ne plonge pas au freinage et est complètement neutre en virage rapide. On a l’impression de conduire sur des rails. J’ai été aussi impressionné par la qualité du frein à main, très précis et à effet immédiat. Ca aussi, cela me change de la Fiesta…

LMSA : Aussi sur une DS3 R5, Stéphane Lefebvre a brillé pour sa première course 2015 en WRC-2. Vous semblez apprécier ce pilote, votre avis sur son rallye et son potentiel pour la saison ?

JS : Stéphane a marqué les esprits sur la première spéciale, comme un champion (à la Loeb ???). J’étais content qu’il ne m’ait pas rattrapé et je m’étais d’ailleurs dit que cela signifiait aussi une perf de ma part. Ensuite, il a géré la course à la perfection, tant que Koci le menaçait. Et enfin, il a géré la fin de course pour rentrer en vainqueur. Nous savons tous qu’il serait un des favoris pour le championnat WRC-2 mais rien ne sera vraiment facile. Il aura de fameux clients sur d’autres épreuves, comme Karl Kruuda (qui reste mon favori pour les lauriers), Jari Ketomaa, Nasser Al Attiyah ou Yazeed Al Rajhi.

LMSA : Prochaine épreuve pour vous le Mexique, contrairement à l’an passé où vous étiez en Suède. Pouvez-vous nous expliquer votre choix ?

JS : Comptablement parlant, le Mexique devrait pouvoir ramener plus de points que la Suède, qui reste un rallye de spécialistes. J’ai constaté l’année passée que rouler 2 fois par an sur la neige ne permet pas de rivaliser avec les pilotes locaux, qui ont le parfait feeling sur cette surface. Au contraire, j’aspire à confirmer au Mexique mes progrès sur la terre, révélés lors du dernier rallye au GB Wales en novembre dernier.

Nous remercions grandement Jourdan Serderidis pour ses réponses.

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