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Rallycross, Guerlain Chicherit fait le bilan de sa saison 2018

Rallycross, Guerlain Chicherit fait le bilan de sa saison 2018

Cette saison, Guerlain Chicherit a été très occupé. Championnat de France où il termine vice-champion, et WorldRX où il débutait une nouvelle aventure avec son équipe GCK, et son projet de Mégane Rallycross développée avec Prodrive. Ainsi, nous avons voulu faire un bilan avec lui sur cette année chargée. Mais aussi, évoquer l’avenir du WorldRX avec lui ainsi que ses projets et ses ambitions pour 2019.

Rallycross, Guerlain Chicherit positif avec sa première saison avec GCK et G-Fors.

LeMagSportAuto : Quel bilan dressez-vous de cette première année pour GCK en WorldRX ?
Guerlain Chicherit : Globalement, un bilan plutôt très positif. On a eu des hauts et des bas, forcément. On a eu des petites broutilles auxquelles on s’attendait. Mais, globalement on a quand même montré de belles performances. On a surtout appris pour être prêts pour l’année prochaine. C’était notre objectif, faire tous les circuits, apprendre afin d’être parés pour 2019. C’était notre plan de marche et on l’a respecté. Donc, oui, un bilan positif.

Guerlain Chicherit, une saison partagée entre G-FORS et GCK.

LMSA : Et le bilan de G-Fors en France et en EuroRX ?
GC : Un peu pareil. Franchement positif, on a montré qu’on était performants. Après, là aussi, une voiture toute neuve avec parfois des soucis. Ou des fois on a pas su faire marcher l’auto correctement. D’autres fois où l’on était très vite. On a appris. Et, on est déjà en train de rouler pour 2019. On a fait des tests il y a 15 jours et là on vient d’en boucler d’autres cette semaine. Clairement, on sera prêts pour la saison prochaine !

LMSA : Quels sont les moments de la saison qui vous ont marqué (peu importe le championnat) ?
GC : Hmmm. J’ai envie de dire Lohéac. On a galéré toute la saison jusqu’à Lohéac. Et, là bas, on a eu comme un déclic et les performances étaient très intéressantes ! Le résultat n’est pas forcément parlant. Mais, en performances et en temps au tour, je pense que l’on était vraiment très rapides ! Il y a eu un vrai déclic là bas. En plus, on a pu modifier 2/3 trucs sur la voiture et commencer à résoudre nos problèmes sur les départs. En Afrique du Sud, d’ailleurs, on a pu voir que mes départs étaient bien meilleurs. Maintenant, on a tout l’hiver pour tout mettre bout à bout. C’est, d’ailleurs, ce qu’on a jamais réussi à faire cette année : mettre les choses bout à bout. On a la trêve pour le faire, il faut qu’on soit prêts pour 2019.
LMSA : Et celui que vous aimeriez oublier ?
GC : Franchement, je ne sais pas trop. Il y a eu des hauts et des bas, des moments difficiles, notamment quand on a dû changer de pilote. Mais, ça fait partie du job et je me suis éclaté sur l’auto toute la saison ! Il n’y a rien que je regrette ou que je souhaite oublier.

LMSA : Vous finissez 11e pour votre premier championnat complet et devant Olsbergs MSE au championnat constructeurs. A quoi correspondent vos 5 points de pénalité ? Êtes-vous satisfait de ces résultats ?
GC : Oui, c’est positif après il faut relativiser aussi. Je ne me pose pas ces questions là en fait. Mon objectif n’était pas de faire 11e ou de finir devant Olsbergs MSE. Mon objectif avec GCK c’est qu’on soit devant et qu’on gagne. L’objectif est très ambitieux et je ne m’arrêterais de travailler tant qu’il ne sera pas atteint ! Aujourd’hui, je ne me contente absolument pas de ces résultats. L’objectif est d’arriver en 2019 avec de vraies ambitions et de jouer devant. Donc, je ne regarde pas ce résultat. Avec tous les soucis qu’on a eu, les demi-finales ratées à cause de nos pépins mécaniques, ce résultat ne veut pas dire grand-chose. Ce qui m’intéresse c’est de savoir que quand ça roulait bien, j’étais capable de faire des top 3, top 4, au niveau des temps au tour. Je l’ai fait à Lohéac, à Austin, à Montalegre… Il y a 3-4 fois où dans la saison je pouvais aller très vite car j’étais en confiance et que la voiture me permettait de le faire. C’est ça qui est important, c’est de me rendre compte que quand tout allait bien j’étais capable d’être dans le top5 des pilotes les plus rapides du monde. C’est ça qui faut retenir. La difficulté, après, c’est de le faire tout le temps. Et, c’est ça que font très bien les top équipes et les pilotes qui sont devant. Maintenant, il faut travailler. Est-ce que je serai capable d’être rapide sur toutes les courses ? Réponse en 2019. Mais, l’objectif est là !
Les 5 points de pénalité correspondent à une réprimande quand j’ai poussé Solberg au départ à Riga.

LMSA : Est-ce que Renault va plus vous soutenir l’année prochaine ?
GC : Oui, j’espère ! J’espère vraiment, surtout qu’on en discute beaucoup avec eux. Là, aujourd’hui, malheureusement, ils ont d’autres priorités à gérer… c’est un peu complexe. Mais après, je pense qu’on pourra faire quelque chose avec eux. Je l’espère.

Guerlain Chicherit positif vis-à-vis de la saison 2019 du Championnat du Monde de Rallycross.

LMSA : L’actualité est « hot » en ce moment en WorldRX. Comment voyez-vous la saison 2019 du WorldRX ?
GC : Écoute, moi je la vois bien. Je suis plutôt positif. Tout le monde panique parce qu’il y a beaucoup de mouvements. Au final, je pense que c’est une bonne chose pour le championnat que les constructeurs se retirent. Car, le Rallycross existait déjà avant qu’il y ait des constructeurs. Les fans étaient déjà fans de RX avant l’arrivée de ces équipes. Aujourd’hui, ce que les fans veulent voir, c’est de la bagarre. Des voitures qui se touchent, qui driftent… Et c’est ça qui fait que le Rallycross est un sport incroyable et c’est ce spectacle que les fans veulent voir. Le problème, c’est que les constructeurs foutent le bordel. Ils arrivent, ils changent les règles, ils arrivent avec des budgets astronomiques que nous, privés, on ne peut pas suivre. Ils foutent le bordel car ils veulent changer le règlement pour que ça aille dans leur sens. Et, du jour au lendemain ils se cassent et ils laissent leur bordel. C’est ce qui se passe aujourd’hui. Sauf que ça c’est déjà passé des dizaines de fois dans plein de sports différents. Moi, honnêtement, je vois leur départ de manière positive. Il faut que ce soit des teams privés qui reprennent la main sur le championnat. Après, qu’ils soient aidés par des marques, sur leur budget ou sur des moyens techniques oui. Par exemple, Hansen est là depuis des années. Avant, ils géraient l’équipe Peugeot. Et puis, Peugeot leur a tout pris et maintenant il est là, tout seul, « à poil »… Donc c’est là où c’est regrettable. Pareil pour Petter Solberg, il était là avant Volkswagen. Si demain, Volkswagen se retire, Petter se retrouve à pieds !* Les voitures ne sont pas à lui. C’est là où je pense que c’est dangereux. Il faut ne pas être dépendant d’un constructeur. Aujourd’hui, c’est une bonne chose que le championnat prenne cette direction-là. Maintenant, il faut qu’il y ait assez d’engagés l’an prochain pour continuer. Il y aura plus de bagarre ! C’était tellement déséquilibré avant… quand tu as Volkswagen qui arrive avec des moyens, Peugeot et Audi aussi… Derrière, tu peux prendre que les miettes. Au final, ça va être bien plus intéressant pour tout le monde : spectateurs, médias… même pour les pilotes ! Les dés ne seront pas jetés d’avance, tout ne sera pas joué avant le début de la saison. Selon moi, c’est beaucoup mieux comme ça. On va revenir à ce qu’est vraiment le Rallycross ! Ça n’empêche pas de se professionnaliser. Que les équipes se professionnalisent, et d’avoir des équipes semi-privées. Mais, il faut que ce soit les pilotes qui gardent la main sur leur équipe. Pour moi, c’est impératif.

LMSA : Pour vous est-il normal de voir Abu Dhabi arriver et 1/3 du calendrier se dérouler sur des pistes de F1 au détriment de vraies pistes de Rallycross ?
GC : J’ai envie de dire oui et non. Je vais commencer par le non. Pour moi, des pistes de Rallycross comme Holjes, Hell, Montalegre (qui est une piste extraordinaire), ça se sont des vraies pistes de Rallycross. Après oui, dans le sens où le sport doit se développer. Et, pour se développer, il doit aller ; malheureusement ; dans des endroits où il y a un potentiel. Aller à Abu Dhabi, c’est bien, c’est joli, ça brille… Mais, c’est un circuit de plus de F1 où ce n’est plus la même chose. Silverstone, ce n’est pas une belle piste… Après, Barcelone ils s’en sont bien sortis. Elle est plutôt sympa malgré tout. Après, ça n’est pas une vraie piste de Rallycross avec du dénivelé comme ça peut être en Norvège ou en Suède. Donc, à voir ce qu’ils vont faire comme piste. C’est sûr, on perd de l’essence même du Rallycross. Mais, c’est aussi aux organisateurs de travailler. Ce n’est pas parce que c’est sur une piste de F1 que c’est forcément mauvais. C’est à ceux qui créent les pistes de comprendre ce que doit être une piste de Rallycross. Mais, aujourd’hui, je ne sais pas si les gens qui gèrent tout ça peuvent le faire. Pour le moment, ils essayent de faire du Rallycross un sport grand public mais il ne faut surtout pas mettre les circuits emblématiques à la poubelle !

LMSA : Pensez-vous qu’IMG écoute les acteurs de son championnat ?
GC : Euh non, franchement je ne pense pas. Jusqu’à maintenant non. Mais, je pense qu’ils évoluent maintenant… car ils n’ont pas le choix ! C’est important de le faire. Après, IMG ils n’ont pas une position facile. Ils sont tiraillés de tous les côtés. Peugeot met la pression pour avoir ça, Volkswagen pour avoir ci. Les organisateurs d’évènements qui veulent autre chose… Et, quand est au milieu de tout ça, ce n’est pas simple. Je ne veux pas leur jeter la pierre car je pense qu’il faut travailler ensemble et plutôt les aider et les supporter que de les enfoncer. Forcément, il y a des choses à revoir, tout n’est pas parfait. Mais, au moins, ce Championnat du Monde a le mérite d’exister ! Et, il existe depuis qu’IMG est là. Donc, il ne faut pas l’oublier ! Il ne faut pas être négatif. Plutôt que d’être totalement négatif et de se tirer dans les pattes, ce qu’on sait très bien faire, il faudrait se réunir et travailler ensemble. Je pense que ce serait beaucoup plus constructif et que ça ferait avancer le sport.

LMSA : Est-ce que le GRC Europe de Max Pucher vous intéresse ?
GC : Pour l’instant non. Pour l’instant, l’objectif c’est championnat du monde. J’ai fait mes voitures pour le WorldRX et on ira là-bas. Maintenant, s’il n’y a pas de championnat du monde, on verra ce qu’on fait. Mais, notre objectif c’est le WorldRX, c’est de supporter ce championnat du monde. Et donc, d’une certaine manière, supporter IMG même si l’on est pas toujours d’accord avec eux.

Sébastien Loeb chez GCK ? Guerlain Chicherit adorerait !

LMSA : Pour 2019, vous avez un choix assez important pour vos coéquipiers. Est-ce qu’Andreas Bakkerud ou Sébastien Loeb pourraient finir chez vous ?
GC : (rires). Euuh… Andreas, … Andreas on aimerait bien oui. On est en train de voir. Pourquoi pas. D’ailleurs, il a essayé notre voiture. Après, ça dépend un peu des sponsors que l’on pourra trouver. Et, pour Sébastien… Je t’avouerais que j’adorerais ! L’idée est extraordinaire ! Seb est un mec génial et un super pilote. Mais, c’est compliqué de monter un programme pour Sébastien Loeb, qui a toujours roulé dans de grosses écuries officielles ! C’est compliqué… Maintenant, ce que j’aimerais surtout, c’est qu’il puisse trouver un arrangement avec Peugeot pour qu’il puisse revenir avec des Peugeot. Maintenant, à voir si ça peut se faire. Mais, je sais que Seb en a envie. Sa motivation est toujours là.

LMSA : Quels seront les pilotes qui rouleront pour vous en 2019 (World, France et Euro). Avez-vous été surpris du départ de Jere Kalliokoski qui faisait une bonne fin de saison après des débuts timides ?
GC : Pour l’instant je ne peux rien dire. Pas parce que je ne veux rien dire mais parce que rien n’est encore fait pour le moment. Il y a tellement de choses qui sont en train de bouger et tellement d’instabilité de partout, qu’il est difficile de dire ce que l’on va faire. Ce que je peux dire c’est qu’il y a déjà deux voitures de confirmé pour l’année prochaine chez GCK. La mienne et une autre. Je ne peux rien annoncer encore, pour des questions de contrats. Les annonces arriveront en début d’année prochaine. Après, si on fait plus de voitures, cela dépendra des partenaires qu’on trouvera. Et aussi de ce qu’IMG nous propose pour nous sécuriser en tant que Team privée.
Non, je n’étais pas surpris. Honnêtement, nous n’allions pas continuer avec lui. Nous avions déjà pris notre décision avant son annonce. J’aime les choses simples et je ne fais pas les choses pour me prendre la tête. Si ça me prend la tête, je ne fais pas. Donc, je veux des gens qui partagent la même vision que la mienne. Qui partage la même sportivité et la même transparence que moi.

LMSA : Pourrait-on imaginer voir Antoine Massé rouler avec vous chez G-Fors en Rallycross France en 2019 ?
GC : En France non..
LMSA : En EuroRX alors ?
Guerlain Chicherit : (rires). Je n’ai pas dit ça 😉

Son dernier Dakar (2014) avec le proto Buggy de X-Raid.

LMSA : Malheureusement, vous ne serez pas au départ du Dakar 2019. Est-ce que c’est quelque chose qui vous manque ?
GC : Oui ! Ça me manque terriblement ! J’adorerais y retourner, je rêve d’y retourner ! Mais, aujourd’hui, les contraintes de boulot avec mes affaires et mes teams ont fait que je n’ai pas eu le temps de m’en occuper. On avait prévu de monter une voiture et de le faire. Mais, c’est pareil, on a dû se retirer de ce programme là car le règlement est changeant en permanence ! Il va dans le sens d’un constructeur, puis dans le sens d’un autre. Alors, pour nous investir en tant que team privée à faire une nouvelle voiture, sans avoir au moins une visibilité sur 3, 4 ou 5 ans, c’est juste pas possible ! Du coup, on a laissé tomber le projet. C’est vraiment dommage, car on avait prévu d’être au départ du Dakar 2019 avec cette voiture… Mais, on a dû tout laisser tomber parce que le règlement c’est le bordel. Donc, pour l’instant, on met ça de côté… tant qu’il n’y aura pas un règlement stable en fait.

*Interview réalisée avant l’annonce du départ de Volkswagen Motorsport et du PSRX.

Un grand merci à Guerlain Chicherit pour sa disponibilité et ses réponses. On lui donne rendez-vous en 2019 pour une année qui s’annonce riche et pleine d’opportunités pour le pilote GCK/G-Fors.

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