Le Mag Sport Auto

Rallye du Mexique, interview de Jourdan Serderidis

WRC, Jourdan Serderidis, Rallye Mexique 2015

Après un rallye de Monte-Carlo qui s’est terminé prématurément, Jourdan Serderidis avait à cœur de faire un bon rallye du Mexique afin de marquer quelques points. Missions réussie, puisqu’il termine 19e et 7e en WRC-2 de la 3e manche du Championnat du Monde des Rallyes (WRC). Une fois de plus, Jourdan Serderidis a accepté de répondre à nos questions, détails :

Le Mag Sport Auto : 7e place en WRC-2 alors que visiez la 8e position, le rallye du Mexique fut-il aussi bon pour vous qu’est le résultat ?
Jourdan Serderidis : C’est un bon résultat en soi pour plusieurs raisons : premièrement, cela nous rapporte 6 points en WRC2 et nous replace en 18è position au Championnat du Monde ; deuxièmement nous terminons le rallye sans passer par le rally-2, en respectant à la lettre le plan initial, à savoir, rouler à 80%, pour éviter les (très) nombreux pièges. Techniquement, je ne suis pas totalement satisfait car je n’ai pas osé glisser suffisamment. Le problème n’est pas de ne pas savoir le faire, mais plutôt de ne pas l’avoir fait pour éviter l’erreur. On l’a vu avec Meeke, Latvala, Paddon, Kubica et même Stéphane Lefèbvre, dès que l’on sort de la trajectoire, on est puni. Je pense que je serai plus à l’aise en Pologne.

LMSA : Le Rallye du Mexique est peuplé de cordes profondes, de petits murets sur les bas côtés, ou de compressions piégeuses, comment gère-t-on son pilotage sur un tel terrain ? Les routes bien balayées renforçaient-elles ces pièges ou les rendaient-elles plus visibles ?
JS : Les cordes, c’était vraiment pas un souci : il suffit de les suivre. Les murets par contre, il faut vraiment les éviter. Selon moi toutefois, les vrais pièges, c’étaient les enchaînements gauche droite rapides qui nécessitaient de sacrifier le premier virage pour éviter de rentrer trop vite dans le suivant. La sortie de Latvala est typique de ce genre de piège. Et en effet, les compressions étaient souvent piégeuses aussi. En tous les cas en R5. Je suppose que les RRC et WRC étaient plus avantagées dans ce cas de figure.

LMSA : L’ambiance semblait au rendez-vous avec une ferveur populaire, comment avez-vous vécu cette atmosphère ?
JS : Le premier jour, l’entrée dans Silao (en pré-cérémonie) m’a coupé le souffle. J’ai véritablement eu la chair de poule en traversant des kilomètres de foule venus nous acclamer. C’est vraiment quelque chose d’extraordinaire. Une expérience unique. On a signé, selon moi, environ 500 autographes, posé sur des centaines de photos. Et tout le monde y passe : Ogier, Kubica, et Serderidis aussi ! La population locale est vraiment à 1000% derrière leur rallye mondial. C’est sublime.

LMSA : Certains pilotes parlaient de la meilleure cérémonie de départ de la saison au sujet du podium d’avant la SS1, quel est votre avis ?
JS : Je n’ai pas pu véritablement dévisager toutes les « Corona Girls » avant la SS1 car j’étais un peu inquiet de passer ce fameux tunnel, légèrement humide, en entrée de spéciale. Mais en termes d’engouement, Guanajuato et Silao se valaient en effet.

LMSA : Le Mexique est réputé pour ses températures extrêmes, comment avez-vous appréhendé cette caractéristique du rallye ?
JS : On a tourné autour des 30°C durant tout le rallye. Le plus difficile, c’est lorsqu’on est à l’arrêt, car la trappe d’aération de la DS3 R5 est vraiment très efficace en spéciale, à haute vitesse. Mais au final, le vrai problème est la longueur des spéciales marathons où la résistance physique est soumise à rude épreuve. Pour un pilote aussi peu endurant que moi (à la base, je suis sprinter : déjà quand je faisais de l’athlétisme, le 200m était déjà trop long pour moi !), c’est vraiment éprouvant. Sur Guanajuatito le dimanche (55km), j’ai littéralement craqué après 25 bornes.

Jourdan Serderidis Mexique Rallye

LMSA : Quel(s) souvenir(s) garderez-vous de ce Rallye du Mexique 2015 ?
JS : Pour moi, les souvenirs en rallye sont toujours liés aux relations humaines. J’ai beaucoup apprécié la présence de notre équipier en DS3 R5, Stéphane Lefèbvre. Mais tout le monde sait que je l’apprécie tout particulièrement. Il donne des conseils, il suggère des idées d’amélioration, il est complètement ouvert. Il m’a tout particulièrement impressionné le samedi après midi quand il a changé un bras de suspension en liaison en 8 minutes, tout seul, sans s’énerver (et en pointant donc à l’heure). Je dois aussi reconnaître que l’entente avec Fred Miclotte, mon co-pilote (mais aussi Manager de J-Motorsport) s’améliore encore et que cela a fortement contribué à faire de ce rallye un souvenir inoubliable.

LMSA : 3 vainqueurs en 3 rallyes, le WRC-2 semble plus ouverte que jamais ou est-ce une conséquence des listes des engagés assez diversifiées ?
JS : Les pilotes de pointe sont de plus en plus nombreux dans la catégorie WRC2 et le système de nomination de 7 rallyes fait que chacun a réellement un chance d’empocher un grand nombre de points, sur ses rallyes de prédilection. Sur 3 rallyes, il y a eu déjà 30 engagés différents!!!!!

LMSA : Al-Attiyah et Protasov semblaient dans une catégorie à part, la différence entre RRC et R5 est-elle si importante ?
JS : La différence est vraiment trop importante entre les 2 voitures. En terme de couple et de robustesse, les RRC sont tout simplement imbattables, surtout si elles sont conduites par des gars expérimentés comme Nasser.

LMSA : L’accident d’Ott Tänak a marqué cette 3e manche du WRC 2015, une réaction à ce sujet ? Pensez-vous que l’annulation des ES 3 & 4 pour ceux qui partaient après Bertelli (donc toutes les WRC-2) a eu un impact sur votre course ?
JS : Je retiens surtout que M-Sport a tiré le maximum de visibilité de l’incident et qu’en termes de retombées médiatiques, ce fut encore plus fort que s’ils avaient gagné la course. Ott et Reigo ont aussi montré leur réflexe car il fallait pouvoir sortir de la voiture en 3 secondes, comme ils l’ont fait.
Et en effet, j’ai pris la pire des pénalités sur cette annulation puisque j’ai fait un tête à queue dans Il Chocolate l’après midi et j’ai donc perdu 2 fois 30 secondes.

LMSA : Après le Monte-Carlo et vos essais pré-Mexique, vous étiez très emballé par la DS3 R5, est-ce toujours le cas ?
JS : La voiture est extrêmement bien réglée et on a donc une vraie bonne base pour travailler. La fiabilité a été au rendez-vous et mis à part quelques détails (pop off, powershift), on a vécu un rallye facile au niveau mécanique. J’ai aussi apprécié le comportement neutre sur les jumps. Pour ce qui concerne le moteur, on a évidemment l’impression qu’il n’y en avait pas, en fait. Mais c’est logique puisque l’on perd environ 10% de puissance par 1000m d’altitude. On a donc fait une course avec une voiture de 200cv (contre 280cv en temps normal, ndlr)…

J. Serderidis Mexique 2015

Une fois de plus nous remercions grandement Jourdan Serderidis pour le temps qu’il nous a accordé, ainsi que pour ses répondes. Prochaine épreuve en WRC-2, pour lui, la Pologne (2-5 Juillet). Mais ses fans pourront le retrouver dès le Rallye des Ardennes (28-29 Mars) puis au Rallye de Wallonie (25-27 Avril).

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