Le Mag Sport Auto

Rallye : J-Motorsport, objectif BRC !

J-Motorsport BRC 2016

Vous pouvez le suivre dans nos colonnes depuis le Monte-Carlo 2014, Jourdan Serderidis et sa structure, le J-Motorsport, nous dévoilent en exclusivité leurs plans pour 2016. Habitué du WRC-2 et d’autres épreuves en Europe, Jourdan Serderidis va concentrer ses forces sur le Championnat Belge des Rallyes (BRC) tout en faisant une petite pige en WRC-2 au Monte-Carlo ! De plus, le J-Motorsport deviendra le partenaire officiel de Citroën en BRC afin d’aligner une DS3 R5 « officielle » pour jouer le titre en 2016 ! Enfin, les jeunes seront aussi au cœur du programme 2016 du J-Motorsport avec le support de 2/3 jeunes pilotes au sein de la team de Jourdan Serderidis. Le pilote répond en détails à nos questions et en profite pour nous présenter sa future saison 2016 et faire le bilan de deux années « parmi les pros » :

Objectif BRC pour Jourdan Serderidis et le J-Motorsport

Le Mag Sport Auto : Quels seront vos principaux objectifs pour cette saison 2016 ?
Jourdan Serderidis : A titre personnel, j’aimerais concrétiser mes progrès effectués sur les 3 dernières années à travers un résultat général dans un championnat. Comme le WRC-2 devient une discipline très prisée par les meilleurs pilotes privés du monde mais également par une usine comme Skoda, il devient difficile sinon impossible de réaliser des résultats probants. L’implication de Skoda est une très mauvaise nouvelle car cette équipe arrive avec des moyens illimités (changements de pièces après chaque journée, tests, etc…) et dénature l’esprit d’une compétition destinée aux pilotes privés. C’est pourquoi le championnat national (belge) devient une cible intéressante. Mutualisation des frais, déplacements réduits, connaissance des rallyes, proximité des sponsors : tous ces éléments me poussent à relever ce challenge.
Pour notre structure J-Motorsport qui fête ses 2 années d’existence, il est important de présenter des résultats économiques positifs, en corrélation avec les investissements fournis. A nouveau, le championnat de Belgique est attractif et devrait nous permettre de nous mettre en évidence, y compris vis-à-vis de nos partenaires, qui sont tous situés au Belux.

Le Mag Sport Auto : Pourquoi poursuivre avec Citroën et ne pas passer sur une Skoda Fabia R5 ?
Jourdan Serderidis : Depuis notre relation avec Citroën en 2015, nous ne pouvons que nous féliciter de la collaboration, à tous les niveaux : commercial, suivi en logistique, suivi technique, conseil sportif et technique. Au niveau de la Ds3 R5, beaucoup d’aspects sont très favorables également : la voiture est performante, relativement fiable, et last but not least, je m’y suis, en tant que pilote, senti à l’aise immédiatement, dès les premiers mètres. De plus, l’équipe a acquis une expérience technique spécifique sur le produit et nous souhaitons réellement capitaliser sur cette expérience pour accrocher des résultats, au travers des pilotes qui rouleront avec nous en 2016. Certes, la Skoda R5 apparaît comme une voiture très aboutie et performante, mais nous ne sommes pas convaincus que le support que nous avons de Citroën serait similaire chez les Tchèques. Par ailleurs, j’ai voulu établir une relation de confiance et sur le long terme avec Citroën, un peu comme je le fais dans mon business, ce n’est donc pas pour changer de crèmerie tous les ans. Si Citroën continue à s’investir dans le rallye, J-Motorsport va suivre le mouvement de longues années.

Par ailleurs, J-Motorsport et Citroën vont prochainement présenter un programme officiel pour le BRC (Championnat Belge) 2016. C’est une initiative fantastique, inédite à ce niveau de catégorie, et qui est l’œuvre de Yves Matton, Citroën Belux et nous-mêmes. Pour moi, ce programme justifie à lui tout seul mon investissement de départ dans la structure J-Motorsport.

Le Mag Sport Auto : Depuis votre premier Monte-Carlo en 2014, comment voyez-vous votre évolution ?
Jourdan Serderidis : Avec le soutien de Fredéric Miclotte à ma droite, la progression est importante. Mais bon, je venais de loin !!! Lors de mon premier test de la Fiesta R5 en juillet 2013, vous auriez vu la tête de Thierry Neuville qui s’était mis à ma droite ! Ses commentaires à chaud étaient sans équivoque : « ben, il reste du travail…. ». Et c’est ce que j’ai fait : travailler, à tous les niveaux. Même le système de notes, qui était plutôt bien dès mes débuts, a énormément évolué, dans la simplicité et la volonté de passer plus vite. Surtout sur la terre, où je partais vraiment de zéro. Les progrès en 2015 ont été marquants dans les parties rapides (grâce à Fred principalement), dans certaines parties techniques et lentes (grâce aux conseils de Freddy Loix) et sur la terre (Karl Kruuda). Globalement, mes progrès les plus significatifs ont été aperçus lors des deux derniers mois (depuis l’Allemagne). De toutes manières, même si le talent de départ n’était pas exceptionnel, si vous faites une dizaine de rallyes par an, vous progressez. Ce qui est positif, c’est que je vois encore les marges de progression dans divers domaines : la technique de freinage (j’ai un défaut précis que je dois corriger), la prise de risques sur grip faible, la condition physique, etc… Si je parviens à gommer les deux premiers points, je peux gagner entre 1s et 1,5s/km.

Le Mag Sport Auto : La saison 2015 a été moins facile que la précédente, quel bilan en tirez-vous ?
Jourdan Serderidis : Si l’on se focalise sur le WRC2, je termine 36è avec 6 points mais sur 5 courses uniquement et avec un taux de participation nettement supérieur en 2015. En Corse et en Allemagne, je suis passé par le rallye-2 pour des soucis mécaniques (alternateur et commande de boîte), donc je ne peux pas dire que la performance n’était pas meilleure. Et en Belgique, je termine les 4 courses dans les 10 premiers. La progression technique et la qualité de la Ds3R5 par rapport à la Fiesta R5 m’ont plutôt donné de la satisfaction personnelle, à défaut de résultats chiffrés. Quoique, une 10è place au général en Grèce en ERC, c’est assez significatif de l’évolution. Je retiens aussi le mental. J’ai gagné le RS Haillot contre Melissa Debackere en restant solide toute la journée et en la battant de 4 secondes au final. J’ai aussi été chercher mon podium à l’Omloop Van Vlaanderen jusque dans la dernière spéciale : plus il y a de l’enjeu et de la bagarre, mieux je me comporte et plus je suis rapide. Je suis un compétiteur et Fred n’est pas en reste, sur ce domaine…

Le Mag Sport Auto : Vous êtes l’objet de nombreuses critiques/jalousies, alors que dans d’autres pays les « gentleman drivers » sont largement supportés par les locaux. Qu’avez-vous à dire à ceux qui vous critiquent ? Pensez-vous que cela vient d’un certain type de mentalité propre à nos sociétés ?
Jourdan Serderidis : Il faut dissocier la situation dans la partie francophone du pays et le reste. En Grèce par exemple, c’est de la folie sur mon cas personnel : je suis accueilli comme un héros et franchement, c’est presque insultant pour les autres pilotes grecs, qui sont au moins aussi méritants. Mais c’est vrai que l’honneur de porter le drapeau grec dans les épreuves internationales me rend fier et que les supporters grecs me le rendent en retour. Du côté néerlandophone de la Belgique, l’accueil est neutre et les analyses sont toujours pertinentes. La presse néerlandophone est aussi enthousiaste et a très bien compris l’apport que ma structure délivre au rallye et à divers pilotes depuis 2 ans. Il reste malheureusement les forums francophones et la presse francophone. Si je peux très bien comprendre et admettre les critiques, justifiées ou non, d’internautes lambda, je suis déjà moins heureux du sort que me réservent la plupart (pas tous !) des journalistes belges francophones. Cela va de l’ignorance totale, à la critique à peine feinte jusqu’à la condescendance. Je pense que cette dernière est ce que je déteste le plus. Derrière ces critiques de professionnels et de spécialistes de rallyes, il y a plusieurs explications. La jalousie est dominante, bien évidemment, mais il y a aussi les copinages, les nostalgiques des temps passés, et ceux qui ne font tout simplement pas leur travail, parce qu’ils ne sont pas sur les spéciales, qui n’ont pas l’information exacte et qui sont assis derrière leur écran à analyser les temps des spéciales. Ce n’est d’ailleurs pas valable pour moi uniquement. Les meilleurs pilotes du monde sont constamment critiqués, à tort ou à raison. Mais pour en revenir à la jalousie, jamais personne n’a fait attention à moi quand je faisais mes débuts en Honda Civic ou en Fiesta R2. Hors, j’étais nul et sans expérience (et déjà bien nanti…). Aujourd’hui, si je fais le Condroz en Ds3 WRC, les gens s’attendent à ce que je roule comme Kris Meeke. Sincèrement, je fais mon possible mais un amateur comme moi ne peut pas faire cela. J’ai commencé le rallye à 48 ans !

Le Mag Sport Auto : En tant que pilote, que visez-vous pour la saison 2016 ? Qu’avez-vous envie de réaliser ?
Jourdan Serderidis : Si je pouvais avoir le même pourcentage de progression qu’en 2015, je me dis que je pourrais faire un top 25 au Monte Carlo et faire un bon championnat de Belgique pour finir dans le top 5 final. Mais ce qui compte le plus, c’est de continuer à prendre du plaisir au volant. Faire les choses bien, comme un professionnel, mais avec le cœur d’un amateur et avec la passion. Au travers de notre structure, c’est prouver que Citroën a eu raison de nous faire confiance et aider les jeunes pilotes talentueux à passer une étape dans leur carrière, dans le respect des valeurs de qualité, professionnalisme mais aussi convivialité. Je suis persuadé qu’un pilote tire la quintessence de son talent quand il est mis en confiance et que son entourage le supporte à 100%. Même si nous avons deux (ou trois) jeunes pilotes dans notre écurie, nous les traiterons de manière égale et du mieux que nous pouvons le faire. Pas question de jouer sur la rivalité ou l’escalade. Je veux les faire réussir tous les deux (ou trois).

Un changement de cap pour Jourdan Serderidis et le J-Motorsport mais sûrement le début d’une belle aventure avec Citroën Racing ! Aventure que, bien entendu, nous suivrons l’année prochaine sur notre site. Le rendez-vous est pris !

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