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Critique, WRC Trophy « La Grecquification 2.0 » par Jourdan Serderidis

Jourdan Serderidis WRC Trophy Grecquification

Depuis 2014, et son deuxième rallye en WRC, vous pouvez suivre Jourdan Serderidis sur notre site. Interviews, infos, nous avons pu suivre le parcours du pilote greco-belge sur ces quatre dernières années. Il y a un mois, le Champion du Monde WRC Trophy a sorti un livre sur sa folle aventure en rallye. Nommé «WRC Trophy : La Grecquification 2.0 », cet ouvrage nous dévoile comment il est passé de novice à champion du monde en 5 ans seulement ! Aujourd’hui, on vous propose une critique de ce livre.

Jourdan Serderidis, « La Grecquification 2.0 », c’est l’histoire d’un mec…

Résumé : Jourdan Serderidis est le premier et unique Champion du Monde des Rallyes WRC Trophy. A 53 ans, il remporte un titre mondial alors qu’il a commencé le rallye 5 ans plus tôt « juste pour s’amuser et sans vouloir devenir champion de quoi que ce soit. Mais tout le monde peut se tromper ». Ce livre retrace l’histoire rallystique du pilote grec, vivant en Belgique et travaillant au Luxembourg. On y découvre comment une rencontre avec un certain pilote français va bouleverser sa vie et faire naître en lui une nouvelle passion : le rallye. Des déboires aux victoires, des mauvaises rencontres à celles qui changent une vie, le livre retrace ces 5 dernières années complètement folles.

Genre : Autobiographie
Parution : 11 mars 2018
Prix : 11,90€

L’avis de la rédaction :
Des (auto)biographies sur des pilotes automobiles, il en existe déjà un certain nombre. Souvent, c’est le même cheminement, une passion d’enfant qui transforme un petit passionné en sportif de haut niveau et en « winner ». Ici, le postulat de départ est totalement différent. Comment un « winner » dans le monde professionnel va devenir un « winner » sportif un peu par hasard. C’est l’histoire folle de Jourdan Serderidis, celle d’un « gentleman driver » qui a su faire les bons choix aux bons moments (toujours trop vite, mais toujours efficaces). Imaginez, un homme de 48 ans qui se lance en rallye et qui fait sa première manche WRC dix-huit mois plus tard, au volant d’une Ford Fiesta R5 et au Wales Rally ! C’est un scénario digne d’une œuvre cinématographique ou d’une série TV. Et pourtant, c’est bien vrai.

Le livre sort peu de temps après le titre acquis en WRC Trophy. Certes, c’est rapide mais cela permet d’avoir une réaction moins réfléchie et de battre le fer tant qu’il est encore chaud. Dans son livre (imprimé par l’entreprise de Claudie Tanghe, un autre pilote belge bien connu), Jourdan nous détaille les grandes étapes de son aventure rallystique. De sa rencontre avec Sébastien Loeb en 2012 à son titre WRC Trophy décroché au Wales Rally GB en octobre 2017. Une aventure intense, courte et pourtant riche en événements et en « petites histoires ». Pour beaucoup, Serderidis n’est qu’un « gentleman driver de plus », un « amateur avec du pognon », et pourtant ce livre nous dévoile un peu plus la personnalité du pilote. Idéal pour comprendre que s’il en est arrivé là ce n’est pas juste grâce à des euros. D’ailleurs, on apprendra qu’il avait le plus petit budget du WRC Trophy… et pourtant, c’est lui qui a su remporter le titre !
Un livre idéal pour mieux cerner ce personnage discret, passionné, fou, et direct. On a, par exemple, été assez surpris de le découvrir « apeuré » au départ de son premier rallye, ou même de voir que l’aventure aurait pu s’arrêter en 2016. On ne décroche pas de tels succès professionnels par hasard, il en est de même en rallye. Jourdan Serderidis est le symbole de l’insertion réussie dans un nouveau pays. Une sorte de self made man qui en a et qui y va ! Un style téméraire et direct qui se retrouve dans ses écrits. Comme dans nos interview, Jourdan est plutôt cash dans ses paroles. En effet, ça va parler « bite », « connard », « putain », et même trahison ! Pas de détours pour le champion du monde WRC Trophy. Le style d’écriture est assez « télégramme » parfois. Jourdan ne perd pas son temps avec des formules pompeuses, comme il n’a pas perdu son temps dans sa carrière fulgurante. Bien sûr, ce genre d’ascension s’accompagne de son lot de rapaces et de jaloux. Un mec riche qui roule sur une petite auto, ça passe inaperçu, dès que l’auto ou le rallye devient mondial, là… c’est la porte ouverte à tout ! Jourdan y reviendra plusieurs fois dans son livre et consacrera même un chapitre aux « journalistes » qui visiblement se sont amusés à le juger/dézinguer plus rapidement qu’Ogier remporte une spéciale. Internet n’aide pas, on le sait déjà, et les « haters » ont eu à manger avec Serderidis. Néanmoins, ce n’est pas le point le plus intéressant du livre. Là où ça devient captivant, c’est quand Jourdan évoque ses ressentis en course, ses décisions, ses relations avec les acteurs du rallye (belge ou mondial) et ses anecdotes parfois cultes et pourtant inconnues. On va éviter de vous spoiler, pourtant il y a de quoi dire, mais rien que pour le test avec Neuville, ça vaut le détour !

« WRC Trophy : La Grecquification 2.0 » est donc un livre à avoir/à lire dès lors que l’on s’intéresse au rallye et/ou aux profils atypiques. Car, si Jourdan Serderidis n’a pas la vitesse ou le physique des meilleurs, il en a l’intelligence et la capacité à rebondir et à aller de l’avant. Ce livre dévoile une partie de l’univers inconnu des « pro-am » et des coulisses du rallye. Au final, ce sont bien ces nombreux pilotes qui amènent de belles autos et font gonfler les plateaux. Et, si, autrefois, ils étaient plutôt appréciés, les « gentleman drivers » sont maintenant souvent bien décriés. Symptomatique de notre société… Si Serderidis n’aurait pu être qu’un nom de plus dans une liste (Paulo Nobre, Lorenzo Bertelli, Armando Pereira, Bernhard Ten Brinke, Valeriy Gorban, Eamonn Boland, ….) mais il a fait ce qu’aucun n’avait su faire avant : décrocher un titre mondial et, en plus, peu de temps après le début de sa carrière !
Peut-être que ce livre pourrait faire naître quelques vocations, que ce soit chez des jeunes qui n’osent pas se lancer ou chez des « gentleman drivers » qui ne voulaient pas vivre leur passion en grand. Car, aussi, ce qui ressort du livre, c’est que Jourdan Serderidis est quelqu’un de passionné ! Si cet attrait pour le rallye est récent, il n’en reste pas moins sincère. On sent, dans ses écrits, cette passion qui l’habite et qui l’anime. Une force qui rend ses propos encore plus intéressants. Bien sûr, on aurait aimé avoir encore plus d’anecdotes sur les coulisses du WRC, c’est peut-être là la déception qui émerge du livre. On plonge de temps, on en apprend beaucoup mais on en aurait voulu encore plus ! Bref, vous l’aurez compris, ce livre est un coup de cœur qui trouvera sa place entre « La Ligne de Conduite » de Sébastien Loeb ou le récit d’Etienne Smulevici, en attendant la traduction en anglais ou en français de la biographie de Kajetan Kajetanowicz.

Vivre une épopée rallystique en tant que « rédacteur ».

Pour une fois, sur Le Mag Sport Auto, nous allons faire tomber le masque et parler d’un sujet de manière subjective et à la première personne :

En tant que rédacteur bénévole sur Le Mag Sport Auto, la possibilité de rencontrer des pilotes/copilotes et de leur poser tout un tas de questions est toujours un plaisir. Le livre de Jourdan m’a beaucoup plus car j’ai pu découvrir l’envers du décor d’une épopée que j’ai vécue indirectement en interviewant régulièrement Jourdan depuis janvier 2014, et le Monte-Carlo. Encore pour le dernier Rallye du Touquet auquel il a participé. Depuis, 4 ans, j’ai eu le droit à quelques messages peu sympathiques sur ce suivi appuyé de ce pilote. Manque de chance pour eux, non je ne travaille par pour Serderidis directement ou son entreprise. Et non, je ne suis pas payé pour lui faire de la pub… Lisez son livre, nous ne sommes pas dedans !;)

Pourquoi Jourdan Serderidis alors ? Être indépendant, c’est pouvoir choisir ses sujets. Pour Le Mag Sport Auto, j’ai toujours voulu apporter du contenu exclusif et des interviews exclusives. En plus de 4 ans, je vous ai proposé celles de Jari-Matti Latvala, Lara Vanneste, Hayden Paddon, Paul Fraikin, ou encore Jarmo Lehtinen, Inessa Tushkanova, Alexey Lukyanuk et bien d’autres. Il y aurait pu en avoir bien plus. De plus, dans un monde ou beaucoup de ses interviews se passent par l’intermédiaire de « RP » et autres agents de com, avoir un contact direct avec un pilote est toujours appréciable. Certains pros (et même des amateurs) n’ont pas pu répondre à mes questions. Faute de temps, souvent, mais aussi un certain dédain parfois. Dès le départ, Jourdan Serderidis a été sympathique, abordable et toujours disponible pour répondre à mes questions. Il a même accepté un défi (malheureusement pas disputé faute d’agenda incompatible).

Aussi, voir (à l’époque) un amateur se lancer en WRC-2 avec une R5, moi ça m’a tout de suite attiré. Peu importe les chronos. Pour moi, chaque pilote qui dispute un rallye mérite mon respect rien que pour le fait d’être au départ. Ensuite, au fil des mois, il a été très agréable de pouvoir suivre l’évolution d’un pilote. De plus, les retours sur ses interviews étaient plutôt positifs. C’est pour ça que j’ai continué, au fil des années. Et s’il continue, je continuerai, car je trouve le « sujet » toujours très intéressant. Pouvoir suivre quelqu’un de passionné, qui t’accorde toujours un peu de temps pour te répondre, est toujours quelque chose de gratifiant. Je suis un passionné, et des amateurs comme les pros me font rêver. Des « gentleman drivers » comme Jourdan aussi ! Car, il faut bien le reconnaître, ce qu’il a su accomplir est unique et impressionnant. Le premier pilote grec à inscrire son nom au panthéon du WRC, la classe. Il y a de quoi être fier (pour lui, ses proches, sa team), et de quoi être admiratif (nous, journalistes ou simple passionnés).

En plus, quand pour X ou Y raisons tu ne peux pas te déplacer sur des rallyes WRC ou que ta santé t’empêche de vadrouiller dans le monde entier, vivre une telle aventure via des articles (ou des messages privés) est une réelle chance ! Chanceux je suis de pouvoir écrire sur ma passion depuis plus de 4 ans (merci Julien) et, chanceux je suis d’avoir pu rentrer en contact avec Jourdan et d’avoir eu ses retours réguliers sur son aventure en rallye. Mon seul regret ? Ne pas avoir vécu l’un de ses rallyes WRC de l’intérieur afin d’en faire un reportage.
Maintenant, j’attends ses prochaines aventures avec impatience ! Son activité professionnelle sera très prenante cette année, mais je pense qu’il nous réserve encore quelques surprises. Déjà, il y aura ses deux rallyes avec une Ford Fiesta WRC’17 !

Au plaisir de vous retrouver sur LMSA, pour vous parler Rallye, Rallycross, Rallye-Raid et vous proposer de nouvelles interviews (de Jourdan ou d’autres).
Rallystiquement, Simon

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