Le Mag Sport Auto

Interview Matthew Simmons, entre virtuel et réel

Matthew Simmons sur un simulateur Gran Turismo

A 30 ans, Matthew Simmons connaît un parcours atypique en sport automobile. Gamer puis pilote officiel Nissan de 2015 à 2017, l’arrêt du projet GT Academy du constructeur japonais l’a forcé à revenir à la console. Avec succès, puisqu’il brille désormais au plus haut niveau de l’eSport et du simracing. Tout en continuant d’évoluer sur les pistes réelles, en Australie. Nous l’avons rencontré lors des Finales Mondiales Gran Turismo, à Monaco, afin évoquer la frontière virtuel/réel en sport automobile, qu’il ne cesse de franchir.

LMSA: Avec la Nissan GT Academy, vous êtes allé du virtuel, au réel… puis de retour au virtuel lorsque le projet s’est stoppé. Comment avez-vous vécu ce retour à la console de jeux?

Je crois que c’est une bonne chose d’avoir été capable d’aller du virtuel au réel, conduire de vraies voitures de course, avant de revenir au virtuel. Je me sens différent, maintenant, beaucoup plus fort surtout mentalement, grâce à ce que j’ai appris en réel. Mon approche a aussi changé. Je traite les voitures des jeux vidéo comme des voitures de course réelles. Je pense également plus, afin de mieux construire mes courses. Ce qui fait la différence c’est le côté mental, que mes expériences ont renforcé.

LMSA: Quand votre collaboration avec Nissan s’est arrêtée, qu’avez-vous fait?

C’était un moment difficile. J’ai couru pour Nissan pendant deux ans et je pensais que ça allait continuer, puisque mon but était de rouler avec eux au Japon. Mais les programmes ont changé, l’argent n’était plus là et il m’était impossible de continuer. Donc quand j’ai perdu le volant Nissan, je suis revenu à un travail plus normal. Tout en me concentrant sur le simracing et en essayant de trouver des opportunités de remonter dans un baquet aussi vite que possible.

LMSA: Après deux ans en course automobile, combien de temps vous a-t-il fallu pour revenir à votre meilleur niveau en simracing?

Ça n’a pas pris aussi longtemps que ce à quoi je m’attendais. J’ai appris énormément de la course auto, et ça m’a amené à être au top en simracing en quelques mois. D’autant que le niveau en Australie est extrêmement relevé. Même si j’étais bien classé, il fallait toujours donner plus, faire encore mieux pour atteindre le sommet. Et j’ai poussé énormément pour cela, afin d’arriver ici, aux Finales Mondiales Gran Turismo.

LMSA: De quelle manière la course automobile vous a-t-elle aidé à améliorer vos compétences en simracing?

Mon approche des courses et du jeu a changé. Je me suis mis à traiter les voitures virtuelles comme de vraies voitures. Aujourd’hui, je ressens bien plus l’évolution des pneus sur une voiture dans Gran Turismo, par exemple. D’un côté plus technique, j’ai aussi dû modifier les réglages de mon volant. Avant d’être pilote réel, j’utilisais un retour de force assez léger en simracing. Aujourd’hui, j’ai un volant plus dur, avec plus de ressenti. J’ai besoin de plus de sensations à travers les mains, comme je n’en ai plus à travers mon corps. La partie la plus dure a toutefois concerné les pédales et le frein. En simracing, la pédale du frein n’est pas aussi dure qu’en vrai. Je ne pouvais pas en changer les réglages, donc il a fallu totalement pour se réadapter au niveau des pieds.

LMSA: Pourquoi être revenu sur Gran Turismo et pas une autre simulation plus proche de la réalité?

C’est simplement pour une question d’accessibilité et de plaisir. J’avais déjà tout le matériel nécessaire et que l’on prenne cela au sérieux ou non, je plaisir de jeu est toujours là, dans Gran Turismo. Si la physique est différente du réel, elle peut aussi être très réaliste, à condition de traiter la voiture correctement. Enfin, j’avais de nombreux amis qui jouaient à ce jeu et refaire des courses avec eux était important. Bien sûr, j’ai essayé Assetto Corsa ou encore iRacing. Ce sont de bonnes simulations, j’apprécie beaucoup certains éléments. Mais aucun n’atteint Gran Turismo. C’est un jeu simple, je peux rentrer chez moi et juste jouer, sans viser rien d’autre que de me détendre. C’est ce que j’aime.

LMSA: A 30 ans, comment fait-on pour rester au top en simracing, milieu dans lequel la plupart des participants ont moins de 25 ans?

Je ne me sens pas si âgé, mais c’est vrai que faire faire face aux jeunes générations est un vrai challenge. On peut voir à quel point les jeunes d’aujourd’hui ont faim de victoire. Cependant en simracing, je ne crois pas que la performance dépende de l’âge. Si on met l’entraînement nécessaire, avec le mental qu’il faut, alors on aura la vitesse. J’y travaille et je pense ne même pas être encore à mon meilleur potentiel.

LMSA: Peut-on être compétitif à la fois au plus haut niveau du sport automobile et du simracing?

Faire les deux est possible, mais nécessite de se donner à 100% dans chaque. Avec le simracing, il y a surtout besoin de beaucoup de temps. Tout le monde y accès, donc la différence se fait sur l’entraînement, qui est la clé pour aller vite sans faire d’erreur. Alors qu’en course auto réelle, on n’a pas le même temps de roulage, donc il y a beaucoup plus de risques de se rater. C’est pour cela qu’il est dur de faire les deux professionnellement, même si c’est possible. Igor Fraga (champion du monde Gran Turismo mais aussi pilote) en est le parfait exemple et j’aimerais suivre ses pas.

LMSA: Préférez-vous l’eSport ou la course auto?

Je pense que la course automobile est meilleure que le simracing. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’il m’arrive de me poser la question, de me demander ce que j’aime le plus. Il y a 10 ans, ce genre de pensées ne m’effleuraient même pas. Il n’y avait que le sport automobile pour moi, pas le simracing.

LMSA: Quelles sont les principales différences entre ces deux mondes?

La principale différence vient d’abord de la préparation physique. Il faut vraiment s’entraîner énormément pour faire face à une voiture de course. Quand j’étais pilote Nissan, plus je m’entraînais physiquement, mieux j’arrivais à conduire. Donc ça contribue vraiment à la performance. Alors qu’en simracing, il s’agit principalement de faire des tours. On peut prendre la piste et se comparer directement aux meilleurs presque n’importe quand. Ce qui n’est, bien sûr, pas possible en course automobile. Il faut être prêt physiquement et mentalement pour faire de bonnes performances.

LMSA: Mi-novembre, vous avez retrouvé le volant d’une voiture de course en TCR Australie. Comment s’est présentée cette opportunité?

C’est venu d’un bon ami avec qui je travaillais chez Nissan. Il m’a dit qu’une équipe, Milldun Motorsport, recherchait un pilote. A partir de là, tout est allé très vite: j’ai rencontré le propriétaire du team, il m’a offert une journée d’essais. C’était un sentiment incroyable de revenir derrière le volant et je me suis bien adapté au TCR. Donc une semaine plus tard, on était de nouveau sur le circuit, pour la course cette fois. Ça semblait presque irréel.

LMSA: Quelle a été votre préparation pour cette course?

Depuis l’arrêt de ma collaboration avec Nissan, mon objectif était de revenir au volant d’une voiture de course. En conséquence,  j’avais continué de me préparer physiquement. Donc de ce côté, je me sentais déjà prêt pour disputer l’épreuve. Mentalement, c’était différent. Je ne savais pas comment j’allais me sentir, si j’allais être nerveux, anxieux. Mais j’ai été mis à l’aise par l’atmosphère dans l’équipe. Ils ont bien compris que je n’avais pas fait de course depuis deux ans et ne m’ont fixé aucun objectif. La seule directive était de prendre plaisir au volant. Ça m’a enlevé un poids des épaules et a rendu la préparation et le week-end beaucoup plus faciles.

LMSA: Comment avez-vous vécu ce retour au volant?

Revenir derrière le volant était incroyable. Le TCR est une classe difficile, conduire ces voitures est loin d’être simple. J’ai fait des erreurs mais il fallait passer par là pour apprendre et progresser, ce qui était intéressant. C’était aussi ma toute première course en Australie, avec ma famille, mes amis sur le bord de la piste. Vivre cette épreuve était donc totalement différent de ce que j’avais déjà connu et j’espère continuer ça pour l’année prochain.

LMSA: Justement, était-ce un one shot, ou vous verra-t-on régulièrement dans cette catégorie en 2020?

Lorsque j’ai rencontré le propriétaire de l’équipe, il m’a demandé quels étaient mes objectifs. Je lui ai répondu que je souhaitais revenir derrière un volant, mais dans une équipe qui souhaite se développer et dans laquelle je puisse m’épanouir. Comme nous étions sur la même longueur d’ondes, disons que ce week-end de course servait d’introduction à la catégorie. Afin de se préparer au mieux pour l’an prochain. Je ne peux toutefois pas encore dire que je roulerai en 2020, puisqu’il y a beaucoup de travail à abattre. Mais j’ai le soutien de l’équipe, donc j’espère faire une saison entière l’année prochaine.

LMSA: Pilote virtuel ou réel, comment vous définissez-vous?

Je pense me définir comme les deux. Dans le futur, passer du virtuel au réel deviendra commun, presque comme faire du karting avant d’aller en monoplace. Et je veux montrer qu’on peut faire les deux aux jeunes générations. Pour le moment, je ne peux pas donner 100% aux deux, mais dans le futur j’essayerai d’en faire encore plus.

LMSA: Et quels sont vos objectifs pour le futur?

Je veux continuer en sport automobile et en simracing, montrer aux jeunes que rien n’est impossible. C’est pour cela que je pousse dans ces deux mondes. Pour le moment, je suis toujours chez Nissan Australie en tant qu’instructeur de pilotage. Jusqu’à ce que je puisse avoir assez pour revenir dans le monde de la course automobile, de manière sûre. Ou alors en réussissant à être payé en simracing. C’est l’objectif de beaucoup de simracers dans le futur. J’aimerais être capable de faire de même.

https://twitter.com/mattsimmons08/status/1198365485206781958

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