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Interview Nicolas Jamin : « Il y a de la pression »

Nicolas Jamin a rejoint Panis Racing pour la saison 2020 d'ELMS

Pilote en European Le Mans Series pour Panis Racing, Nicolas Jamin va participer aux 24 Heures du Mans virtuelles les 13 et 14 juin prochains. Un défi qu’il prend très au sérieux, en attendant le retour des courses réelles.

LMSA : Bonjour Nicolas, comment allez-vous?

Tout va très bien, surtout depuis la fin du confinement (rires). On a pu reprendre un petit peu les activités physiques. Je n’ai pas encore pu piloter de nouveau, mais on s’en rapproche donc ça va.

LMSA : Comment avez-vous accueilli l’idée de participer aux 24 Heures du Mans virtuelles?

Triple A, l’agence de management qui gère ma carrière, m’a contacté. Ils ont une filière esport depuis un an et ont eu l’idée de regrouper le monde du simracing et des pilote réels pour participer aux 24 Heures du Mans virtuelles. Ça faisait longtemps que je n’avais pas remis mon simulateur en route, il y avait un peu de poussière dessus, mais ce retour se passe bien.

LMSA : Quelle est votre expérience en simracing?

J’ai fait du simracing au début de ma carrière, il y a 5, 6, 7 ans. Je roulais en ligne avec mon coach pour apprendre les circuits avant les week-ends de course. J’ai arrêté quand je suis parti aux Etats-Unis pour ma carrière. Avec le confinement, je m’ennuyais un peu donc je je m’y suis remis. Donc je connais un peu, mais ça faisait longtemps que je n’y avais pas touché.

LMSA : Avez-vous retrouvé le même niveau qu’auparavant?

Franchement ça va. Après, face aux vrais professionnels de cette discipline, il faut s’entraîner car ils vont très vite.

LMSA : Comment appréhendez-vous les 24 Heures du Mans virtuelles? Y a-t-il une pression, est-elle différente par rapport aux épreuves réelles?

Il y a de la pression, car on a envie de bien faire. En plus de ça, c’est de la simulation donc il n’y a pas toutes les mêmes sensations qu’en réel. Je trouve plus facile de rattraper une glissade dans la vraie vrai vie, que sur un simulateur. On ne veut aussi pas être le pilote qui va faire la faute dans l’équipage. Donc c’est une petite pression, tout le monde prend ça très à coeur, ça va être un gros évènement. On y va pour la gagne donc il faut se donner les moyens et être bon. Tout comme dans la vraie vie, même s’il y a un peu moins d’enjeu, on veut faire son travail correctement.

LMSA : Vous sentez-vous capable d’aller l’emporter face à des équipages constitués presque entièrement de gamers professionnels?

L’an passé, j’ai fait mes premières 24 Heures du Mans avec Duqueine. Sur le papier, on n’était pas les plus rapides. Mais l’épreuve est longue, il se passe de nombreuses choses. Une course propre, sans erreurs et efficace en terme de chrono peut donner un bon résultat. Cette compétition virtuelle est comme une vraie course de 24 heures. Il peut y avoir une sortie de piste, un problème informatique. Comme en réel, l’équipe qui va gagner ne sera pas forcément la plus rapide, mais celle avec le moins de soucis possibles.

LMSA : Duqueine est sur la liste des réservistes pour les 24 Heures du Mans virtuelles. Est-ce que vous comprenez qu’un équipe qui doit disputer les 24 Heures du Mans réelles soit laissée en retrait par rapport à des équipes esport?

Je ne sais pas exactement comment sont sélectionnées les équipes et j’ai pas envie de juger ça. Après c’est sûr que c’est mieux d’avoir un maximum d’équipes réelles, afin que la grille ressemble à celle des 24 Heures du Mans 2020. Donc je suis déçu pour eux.

LMSA : Vous allez notamment affronter Max Verstappen et Lando Norris. Même si c’est virtuel, est-ce que rouler contre des pilotes de F1 est quelque chose de spécial pour vous?

Oui, c’est très cool. Après, quand on sera au volant, on ne saura pas exactement qui conduit les voitures adverses. Mais on devrait se croiser à un moment ou un autre, donc c’est sympa. C’est aussi très bien que de grands noms participent à cette course. Ça va forcément créer un engouement et des spectateurs en plus qui vont vouloir suivre la course. Donc c’est très positif.

LMSA : Quelle est votre routine d’entraînement pour cette épreuve?

On a créé un serveur en ligne sur le jeu, juste pour nous, où on peut s’entraîner tous ensemble. On utilise les acquisitions de données pour regarder, comparer les datas et nos performances. Il y a aussi des briefings et débriefings. La manière de procéder est très proche du réel. Il faut être le plus professionnel possible.

LMSA : Combien de temps passez-vous chaque jour à vois préparer pour cette course?

Ça dépend des jours, certaines fois on travaille vraiment dur, plusieurs heures. A d’autres moments, on n’a pas vraiment de séances prévues, mais je me connecte quand même pour faire un relais ou deux. Histoire de travailler une petite heure.

LMSA : Y a-t-il une rivalité qui s’installe entre vous et l’autre équipage de Paris Racing pour cette course?

Pour l’instant, absolument pas. Tous les pilotes partagent les informations et on s’aide tous ensemble afin, on l’espère, qu’une des deux voitures ait une opportunité de l’emporter. Donc pour l’instant on n’est pas dans la rivalité.

Nicolas Jamin fera équipe avec Tristan Vautier, Hany Alsabti et Thibault Cazaubon pour les 24 Heures du Mans virtuelles

Nicolas Jamin fera équipe avec Tristan Vautier, Hany Alsabti et Thibault Cazaubon pour les 24 Heures du Mans virtuelles

LMSA : De quelle manière votre perception du simracing et des jeux vidéos a-t-elle changé durant le confinement?

Le simracing était déjà très gros avant le confinement, mais il attirait beaucoup moins de pilotes réels. Le confinement a fait que ces derniers se sont rués vers les simulateurs et ça a développé cette discipline, créé du contenu en attendant les courses réelles, ce qui est positif. Après, il ne faut pas que ça se fasse au détriment du sport auto réel.

LMSA : Les « affaires » et sanctions reçues pas Daniel Abt, Kyle Larson et Bubba Wallace vous ont-elles refroidi au moment de ressortir le simulateur?

Tout ça ne m’a pas spécialement refroidi, après je pense que c’est vraiment dommage que de bons pilotes puissent perdre le volant pour des erreurs sur simulateur. D’accord, ça reste des compétitions, mais pour nous en tant que pilotes, c’est un jeu. On est là chez nous, confinés, on ne peut pas faire notre métier donc on fait de la simulation pour s’amuser. Maintenant, il y a eu des erreurs de faites, mais je ne sais pas si ça vaut la sanction. Je ne suis pas là pour juger, mais si j’étais à leur place j’aurais du mal à m’en remettre.

LMSA : Que change le report des épreuves réelles dans votre préparation? Y a-t-il des points sur lesquels vous ne vous sentiez pas encore totalement prêt et que pouvez désormais travailler?

La préparation physique on la fait en continu et je pense que là j’ai rarement été aussi bien préparé. Pendant le confinement, je faisais du sport tous les jours, j’avais à peu près que ça à faire. Au niveau de la préparation au sein de l’équipe ça ne change pas grand chose. On n’a pas pu faire de séances d’essais. On devrait avoir une ou deux journées de roulage avant que la saison ne recommence, courant juin normalement. Ce qui va changer en revanche c’est que les pilotes WEC roulaient tout l’hiver et arrivaient à la première course d’ELMS sans coupure. Là on est tous remis sur le même niveau, puisque personne n’a roulé pendant des mois. Ça équilibre un petit peu sur ce plan.

LMSA : Vous aviez une astuce pour essayer de pas trop perdre le rythme?

Je ne pense pas que je perde trop le rythme. Habituellement, même sans rouler pendant des mois, j’ai besoin d’une dizaine de tours pour revenir à mon niveau. Il est certain que si j’arrivais à rouler tous les week-ends dans une LMP2, ce serait positif et je serais meilleur. Maintenant je n’ai jamais trop ressenti que les pauses me pénalisaient.

LMSA : Comment gérez-vous l’attente avant le retour des courses?

Je pense que tous les pilotes ont les dents qui traînent par terre, moi le premier. J’attends cette première journée de tests en juin avec impatience. Remettre les fesses dans le baquet, enclencher la première et se remettre au boulot avec l’équipe. En plus c’est ma première année avec Panis Racing et je n’ai fait qu’une journée de roulage. Donc j’ai hâte de découvrir un peu plus l’équipe, continuer le travail avec les ingénieurs et aller dans le bon sens. Je pense que cette année, on a les cartes en main, l’équipage pour espérer de bonnes choses. Peut-être une victoire en championnat, même si c’est trop tôt pour le dire.

LMSA : Etes-vous déjà retourné sur un circuit depuis la fin du confinement?

Pas du tout, à part en virtuel.

LMSA : Est-ce que vous continuerez de faire du simracing après le confinement?

Je ne sais pas. J’ai été un peu frustré du simulateur iRacing. Quand j’ai essayé, je me suis rendu compte que tous les pilotes avaient du matériel coûtant des milliers d’euros. Moi j’ai mon petit volant et mes pédales en plastique, donc c’est pas facile de lutter. J’étais toujours quelques dixièmes derrière et je n’aime pas ça. Donc si je m’y remets sérieusement, il faudra investir dans un vrai bon simulateur. Après, l’idée me plaît, c’est cool et ça permet de rouler entre les courses, donc pourquoi pas.

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